Bande-dessinée et roman graphique, Conte et légende, imaginaire, Jeunesse

La Mille et unième Nuit de Étienne Le Roux et Vincent Froissard

Première de couverture de la BD.

À Rum, le sultan Shariar gouverne avec autorité. Son épouse, Shéhérazade, est une conteuse dont les récits tiennent le peuple éveillé.

Lorsque Baali’m, le roi-lion, lance un défi au sultan, une question se pose : lequel des deux mérite vraiment d’être considéré comme le meilleur roi ? Pour les départager, un vieil homme est choisi comme juge. Mais celui-ci porte une histoire étrange : sa femme et son fils ont été transformés en âne et en singe par Lilith, la femme de Salomon.

À travers ce pari royal, le récit mêle pouvoir, sagesse, métamorphoses et merveilleux, dans un univers inspiré des Mille et Une Nuits.

En parcourant les pages, j’ai rapidement été absorbée par la magie de l’histoire. Dès la première page, le récit rappelle l’histoire des Mille et Une Nuits :

Dans le palais qui domine la ville réside celui qui garantit cette vie paisible, le sultan Shahriar. Roi sage et prudent, il n’a qu’un seul défaut : depuis la trahison de sa première femme, il s’est juré d’épouser, chaque soir, une jeune fille différente et de la faire étrangler au matin. Ainsi en fut-il fait, et ces jeunes femmes se raréfiaient jusqu’à ce que la fille de son grand vizir, Shéhérazade, entrât dans sa couche. Le sultan a succombé autant à ses charmes qu’à l’exotisme de ses histoires.

Mais ce passage ne mène pas à l’une des merveilleuses histoires racontées par la princesse. Dans ce livre, le récit se concentre plutôt sur les personnages qui gravitent autour d’elle : sa sœur Dinarzade et son mari Shahriar.

Dinarzade, qui en a assez de « tenir la chandelle » entre Shéhérazade et Shahriar, décide de quitter le palais pour partir à l’aventure et faire de nouvelles rencontres. Shahriar, lui, part à la chasse au lion… Mais tout ne se passe pas comme prévu…

Je me suis alors retrouvée prise entre les stratagèmes d’un roi, les envies d’aventure d’une sœur lasse de rester dans l’ombre, et un univers de mythes, de magie, et de contes. C’est un enchantement.

J’ai trouvé ce choix intéressant, car il permet de regarder autrement une figure pourtant très connue : Shéhérazade reste présente, mais le récit donne aussi de l’espace à celles et ceux qui vivent dans son ombre.

Planche extraite de la BD. Sert d'exemple.

La première de couverture en dit long sur le dessin et l’histoire à venir. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, les dessins sont splendides. La couverture est ornée de dorures, du contour du livre jusqu’au palais du sultan. J’ai beaucoup aimé le mélange entre le doré et les différentes nuances de bleu.

Au cours de l’aventure, j’ai aussi remarqué l’audacieux mélange entre les couleurs chaudes du jour et les couleurs froides de la nuit, qui compose une atmosphère merveilleuse inspirée de l’imaginaire des Mille et Une Nuits.

À ces couleurs se mêlent les arabesques en bordure de certaines bulles, ainsi que des personnages au trait particulier. À première vue, le trait de crayon de Vincent Froissart peut sembler dur et froid, mais il donne aux personnages une émotion particulière. Il met également en avant une multitude de détails dans les paysages et l’architecture, ce qui m’a donné l’impression de me retrouver face à une splendeur presque irréelle…

La bande dessinée prend alors presque des allures de livre-objet : la couverture, les couleurs et les détails graphiques participent autant à l’émerveillement que le récit lui-même.

Planche extraite de la BD. Sert d'exemple.

Le seul point négatif avec ce livre n’est pas l’histoire. Il concerne plutôt l’objet-livre lui-même, et plus particulièrement la quatrième de couverture. Le résumé ne correspond pas vraiment à l’histoire. En réalité, il ne s’agit pas vraiment d’un résumé, mais plutôt d’extraits de l’histoire.

Ces extraits ne servent pas à grand-chose, dans la mesure où les personnages et la situation initiale ne sont pas encore connus. C’est dommage, car je ne pense pas que ça donne vraiment envie de se procuré ce livre (lorsque la découverte repose uniquement sur le résumé).

Je tiens donc simplement à préciser qu’il ne faut pas se fier à la quatrième de couverture, mais à la première page ou aux illustrations qui sont splendides !

Une quatrième de couverture devrait, selon moi, donner quelques repères et ouvrir une porte d’entrée vers le récit ; ici, elle m’a plutôt semblé brouiller les pistes.

Planche extraite de la BD. Sert d'exemple.

Tout comme La Grande Ourse, d’Elsa Bordier et Sanoe, également publié dans la collection Métamorphose chez Soleil, La Mille et Unième Nuit confirme le soin particulier apporté aux livres de cette collection.

L’édition est superbe : la première de couverture, la quatrième de couverture et la tranche forment un ensemble très harmonieux. Les dorures, associées aux nuances de bleu, donnent au livre un aspect précieux, presque ancien, comme si l’objet lui-même appartenait à l’univers des contes.

Je me répète, mais les dessins sont très beaux, les dorures parsemées sur les illustrations leur donnent quelque chose de magique. J’ai eu l’impression d’entrer dans un monde merveilleux.

J’ai beaucoup aimé ce livre, il est vraiment magnifique. En le lisant, j’ai eu l’impression de me retrouver quelques années plus tôt. C’était l’époque où j’adorai lire ou écouter de beaux contes avant d’aller dormir, l’esprit rêveur. Cela m’a aussi rappelé les matins, où petit, j’essayais de me préparer au plus vite, avant d’aller à l’école, pour pouvoir regarder le dessin animé Princesse Shéhérazade.

Cette lecture a donc réveillé quelque chose de très nostalgique chez moi. Elle m’a ramenée vers ce plaisir simple des histoires racontées, des palais mystérieux, des malédictions, des esprits et des légendes. J’ai aimé retrouver cette sensation d’émerveillement, tout en découvrant une histoire qui ne se contente pas de répéter les contes les plus connus.

Cette revisite du classique m’a semblé intéressante, notamment parce qu’elle déplace un peu le regard : Shéhérazade reste une figure importante, mais le récit donne aussi de la place à Dinarzade, à Shahriar et aux personnages qui gravitent autour d’elle. Même si la fin m’a paru étrange, parce qu’elle est assez inhabituelle, je n’ai pas été déçue. Au contraire, cette étrangeté participe au charme du récit.

Avec le recul, je pense que cette bande dessinée m’a surtout touchée par son atmosphère. Ce n’est pas forcément une œuvre que je retiens pour la clarté de son intrigue, mais plutôt pour son pouvoir d’évocation : les contes, les dorures, les figures légendaires, les palais, les métamorphoses… Tout cela crée une lecture très visuelle, presque sensorielle. Malgré quelques réserves sur la quatrième de couverture, j’en garde le souvenir d’un très bel objet et d’une parenthèse merveilleuse.

Avec mon regard actuel, je ferais toutefois attention à ce terme d’“exotisme”, qui peut réduire des imaginaires culturels riches à une simple impression de dépaysement. Ici, je préfère parler d’un univers inspiré des contes et de l’imaginaire des Mille et Une Nuits.

Planche extraite de la BD. Sert d'exemple.

Pour prolonger cette lecture et retrouver l’atmosphère des contes qui a bercé mon enfance, je vous propose aussi un petit détour par le dessin animé Princesse Shéhérazade, qui a largement nourri mon imaginaire autour de cet univers.

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