Bande-dessinée et roman graphique, Comics book, imaginaire

Wonder Woman, de J. Michael Straczynski, Phil Hester et Don Kramer : une Amazone en quĂȘte de son histoire đŸ›Ąïž

Couverture du comics Wonder Woman - L'Odysée - 1
On y voit Wonder Woman debout le torse "bombĂ©e", puissante, vĂȘtu de son mythique bustier rouge, une veste en cuir noire, et un pantalon noir. DerriĂšre on devine les Ă©toiles du drapeau amĂ©ricain.

J’ai vraiment adorĂ© cette lecture, mais je pense qu’il est prĂ©fĂ©rable de ne pas la recommander Ă  de jeunes lecteur.rice.s : certaines scĂšnes sont vraiment violentes !

Depuis la chute de l’Île du Paradis et la mort de leur reine Hippolyte, les fiĂšres Amazones forment une vĂ©ritable diaspora Ă  travers le monde. CachĂ©es parmi les Humains, elles entraĂźnent et Ă©lĂšvent en leur sein celle qui les dĂ©livrera de l’exode et leur apportera la vengeance : la Princesse Diana. Pour l’heure, la jeune Ă©lue doit faire face Ă  un mystĂ©rieux commando dont l’objectif est on ne peut plus clair : localiser et massacrer les derniĂšres reprĂ©sentantes du peuple amazone. Une vĂ©ritable odyssĂ©e dĂ©bute alors pour Diana, une aventure Ă©pique durant laquelle la jeune hĂ©roĂŻne recouvrera un Ă  un les attributs qui feront d’elle la lĂ©gendaire Wonder Woman.

Wonder Woman : l’OdyssĂ©e, rĂ©cit complet en deux tomes, est un point d’entrĂ©e idĂ©al pour les nouveaux lecteurs et l’occasion parfaite pour les spĂ©cialistes de dĂ©couvrir une vision inĂ©dite des origines de la belle Amazone, imaginĂ©e par J. Michael Straczynski (Babylon 5, Thor, Rising Stars), et Phil Hester (Swamp thing, Darkness, The Wrench), et rĂ©alisĂ©e par Don Kramer (Doctor Fate, JSA, detective comics).

Planche extraite du comics. Sert d'exemple.

Pour celles et ceux qui ne connaĂźtraient que peu Wonder Woman (est-ce seulement possible ?) petite remise en contexte ! Beaucoup la connaissent au moins de nom. Cette figure courageuse, mythique et puissante a marquĂ© l’imaginaire collectif. Mais Diana n’est pas seulement une puissante guerriĂšre : c’est aussi un personnage capable de tendresse, de compassion et de vulnĂ©rabilitĂ©. Elle est attachante et admirable par ce qui la guide profondĂ©ment : son besoin de justice. Dans les comics, elle se bat rĂ©guliĂšrement pour protĂ©ger les plus vulnĂ©rables. Wonder Woman rappelle ainsi que la puissance des femmes ne se limite pas Ă  leur capacitĂ© Ă  rivaliser avec les hommes : elle peut aussi s’exprimer dans la libertĂ©, la solidaritĂ©, la protection des autres et le refus de l’injustice.

Comme souvent dans les comics, les origines de Wonder Woman ont connu plusieurs variations selon les Ă©poques et les réécritures. Dans l’une des versions les plus connues, Diana est la princesse de Themyscira, fille d’Hippolyte, reine des Amazones. FaçonnĂ©e dans l’argile, elle reçoit la vie grĂące aux dieux. Les Amazones vivent alors cachĂ©es du reste du monde, sur une Ăźle protĂ©gĂ©e, Ă  l’écart de la violence humaine.

Le crash de Steve Trevor, pilote de l’armĂ©e, devient souvent le point de bascule : Diana quitte les siennes, dĂ©couvre le monde humain et choisit d’intervenir dans un conflit qui la dĂ©passe. Ce dĂ©part marque son entrĂ©e dans un univers bien moins protĂ©gĂ© que celui de Themyscira.

Dans cette version, le mythe est dĂ©placĂ©. Diana ne grandit plus sur une Ăźle paradisiaque, entourĂ©e des Amazones, mais en ville, aux États-Unis. Elle est attaquĂ©e par un commando inconnu et comprend peu Ă  peu que la survie des derniĂšres Amazones est en jeu. Cette Diana n’est donc pas seulement une guerriĂšre : c’est aussi une survivante, une hĂ©ritiĂšre d’un peuple menacĂ©, obligĂ©e de se battre pour protĂ©ger les siens et celles et ceux qu’elle aime.

Cette version pose finalement une question intĂ©ressante : qu’est-ce qui fait vraiment Wonder Woman ? Son costume, son Ăźle, son origine mythologique ? Ou bien ce qu’elle porte en elle : son courage, sa loyautĂ©, son sens de la justice et son dĂ©sir de protĂ©ger les autres ?

Cette Diana est aussi marquĂ©e par le deuil. La mort d’Hippolyte et la dispersion des Amazones donnent au rĂ©cit une dimension plus intime : elle ne se bat pas seulement contre des ennemis, mais aussi pour prĂ©server ce qui reste de son peuple et de son hĂ©ritage.

La violence du rĂ©cit accompagne bien cette réécriture plus sombre, mĂȘme si certaines scĂšnes peuvent surprendre lorsqu’on associe Wonder Woman Ă  une figure plus lumineuse et hĂ©roĂŻque.

Planche extraite du comics. Sert d'exemple.

En commençant ma lecture, je m’attendais Ă  retrouver l’univers le plus classique de Wonder Woman. Comme dans le film sorti en 2017, j’imaginais dĂ©couvrir Diana sur une Ăźle paradisiaque perdue au milieu des flots. Elle aurait longuement vĂ©cu avec les siens avant de partir sauver le terrible monde humain
 Mais cette version prend une tout autre direction !

Ici, le mythe est dĂ©placĂ©. Diana n’est plus seulement la princesse d’une Ăźle protĂ©gĂ©e : elle devient une jeune femme citadine, marquĂ©e dĂšs l’enfance par la violence et la fuite. Lorsqu’elle Ă©tait encore toute petite, les Amazones furent attaquĂ©es par des soldats et sa mĂšre, Hippolyte, fut tuĂ©e. DĂšs lors, Diana fuit avec les survivantes. Formant une Ă©trange diaspora, elles finissent par arriver en ville, oĂč l’hĂ©roĂŻne est traquĂ©e.

Le film de 2017 avait sans doute renforcĂ© chez moi l’image d’une Diana solaire, mythologique et presque sacrĂ©e. Cette version m’a donc surprise par son atmosphĂšre beaucoup plus urbaine, sombre et violente.

Beaucoup se sont plaints des modifications apportĂ©es Ă  l’apparence de Wonder Woman.

À l’origine, lorsque William Moulton Marston crĂ©e son personnage, dans les annĂ©es 40, la super-hĂ©roĂŻne porte un bustier rouge, un mini-short bleu avec des Ă©toiles et garde accrochĂ© Ă  sa ceinture son cĂ©lĂšbre lasso
 Ce temps est rĂ©volu. Dans cette version, les dessinateurs l’ont recréée, ou plutĂŽt repensĂ©e. Sa tiare est plus petite, plus gracieuse, tout comme ses bracelets Ă  l’Ă©preuve des balles. Elle porte toujours son bustier, mais il est camouflĂ© par une large veste en cuir. Son short bleu a disparu. Elle porte un jean noir et des bottes de la mĂȘme teinte.

Sa mĂ©tamorphose a dĂ©plu Ă  de nombreux fans, dont certain.e.s l’admiraient depuis l’Ăąge d’or des comics. Beaucoup se sont attachĂ©.e.s Ă  cette figure, qui compte parmi les premiĂšres grandes super-hĂ©roĂŻnes de l’histoire. De plus, Wonder Woman est connue comme une grande icĂŽne fĂ©ministe de la pop culture.

Je comprends les personnes qui regrettent son costume : il a pendant longtemps trĂšs peu changĂ©. Au fil des annĂ©es, un attachement finit forcĂ©ment par se crĂ©er. Et si elle ne ressemble plus Ă  celle qu’elle Ă©tait avant, qui est-elle ? La mĂȘme. Toujours fidĂšle Ă  son cƓur et aux siennes. J’ai donc trouvĂ© dommage que certaines critiques se concentrent autant sur ce sujet.

En 2017, dans la premiĂšre version de cet article, je trouvais cette mise Ă  jour judicieuse, parce qu’elle me semblait rendre le personnage plus crĂ©dible dans un contexte urbain et violent. Aujourd’hui, en 2026, je ne formulerais plus du tout les choses ainsi. Une femme, rĂ©elle ou fictive, ne devrait pas perdre sa lĂ©gitimitĂ© fĂ©ministe Ă  cause de sa tenue. Ce qui me dĂ©range davantage, c’est le regard qui transforme parfois les hĂ©roĂŻnes en objets de dĂ©sir avant de les laisser exister comme personnages. Dans cette version, j’ai apprĂ©ciĂ© que Diana paraisse plus ancrĂ©e dans l’action. Sa nouvelle tenue accompagne le ton plus sombre du rĂ©cit et donne l’impression d’un personnage en fuite, en lutte, obligĂ© de survivre autant que de combattre.

Planche extraite du comics. Sert d'exemple.

Je ne sais pas trop quoi dire, Ă  part que les dessins m’ont beaucoup plu ! Les personnages sont trĂšs expressifs, avec des visages et des postures qui rendent les Ă©motions immĂ©diatement lisibles ! Les planches fourmillent de dĂ©tails ! Chaque regard, chaque tension, chaque mouvement semble transmettre quelque chose !

J’adore cette hĂ©roĂŻne, c’est l’une de mes prĂ©fĂ©rĂ©es ! Le mĂ©lange entre mythologie et super-hĂ©ros fonctionne trĂšs bien : la mythologie donne de l’ampleur au rĂ©cit, tandis que l’aspect super-hĂ©roĂŻque apporte le rythme, les combats et la tension. Les figures hĂ©roĂŻques et divines de la mythologie grecque se dĂ©couvrent sous un autre angle, et le passĂ© de Diana occupe une place importante.

Mais la lecture est assez particuliĂšre au dĂ©part. Le rĂ©cit laisse volontairement dans le flou. Ce n’est pas toujours agrĂ©able : il reste difficile Ă  saisir, et tout semble mĂ©langĂ©. Je pense que cela permet de « remettre les compteurs Ă  zĂ©ro ». Les personnes qui connaissaient peu Wonder Woman la dĂ©couvrent peu Ă  peu, tandis que celles et ceux qui connaissaient une version plus classique doivent s’adapter Ă  cette nouvelle interprĂ©tation. Ce flou peut ĂȘtre frustrant, mais il a aussi du sens : Diana elle-mĂȘme semble avancer dans un monde dont les rĂšgles lui Ă©chappent. Le lectorat partage donc sa perte de repĂšres.

La contre-attaque menĂ©e par Diana, pour sauver ses « sƓurs » et venger sa mĂšre, plonge vite dans l’action. J’ai aimĂ© voir cette version de Diana reprendre le contrĂŽle : elle n’est pas seulement une survivante. Sa force ne vient pas de sa capacitĂ© Ă  Ă©craser les autres, mais de son dĂ©sir de protĂšger, de rĂ©parer et de refuser l’injustice. J’ai beaucoup aimĂ© cette lecture, et le rĂ©sultat m’a vraiment surprise !

Planche extraite du comics. Sert d'exemple.

Encore une fois, cette Ă©dition est splendide !  Dans les premiĂšres pages, l’Ă©dition revient sur l’Ă©volution de Wonder Woman et sur ce qui a menĂ© Ă  cette « mini-renaissance ». À la fin, une interview de Lynda Carter est proposĂ©e. C’est l’actrice qui a incarnĂ© la premiĂšre Wonder Woman dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e des annĂ©es 1970. J’ai trouvĂ© cette intervention trĂšs riche, notamment lorsqu’elle Ă©voque son envie de se glisser dans la peau d’un personnage aussi emblĂ©matique. Ensuite, les auteurs et dessinateurs expliquent pourquoi ils ont choisi de recrĂ©er les personnages et de retravailler les origines de Diana. Enfin
 la galerie des couvertures
 J’adore !

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