
Résumé :
Depuis la chute de l’Île du Paradis et la mort de leur reine Hippolyte, les fières Amazones forment une véritable diaspora à travers le monde. Cachées parmi les Humains, elles entraînent et élèvent en leur sein celle qui les délivrera de l’exode et leur apportera la vengeance : la Princesse Diana. Pour l’heure, la jeune élue doit faire face à un mystérieux commando dont l’objectif est on ne peut plus clair : localiser et massacrer les dernières représentantes du peuple amazone. Une véritable odyssée débute alors pour Diana, une aventure épique durant laquelle la jeune héroïne recouvrera un à un les attributs qui feront d’elle la légendaire Wonder Woman.
Wonder Woman : l’Odyssée, récit complet en deux tomes, est un point d’entrée idéal pour les nouveaux lecteurs et l’occasion parfaite pour les spécialistes de découvrir une vision inédite des origines de la belle Amazone, imaginée par J. Michael Straczynski (Babylon 5, Thor, Rising Stars), et Phil Hester (Swamp thing, Darkness, The Wrench), et réalisée par Don Kramer (Doctor Fate, JSA, detective comics).

Présentation de l’héroïne :
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient que peu Wonder Woman (est-ce seulement possible ?) petite remise en contexte ! Beaucoup la connaissent au moins de nom. Cette figure courageuse, mythique et puissante a marqué l’imaginaire collectif. Mais Diana n’est pas seulement une puissante guerrière : c’est aussi un personnage capable de tendresse, de compassion et de vulnérabilité. Elle est attachante et admirable par ce qui la guide profondément : son besoin de justice. Dans les comics, elle se bat régulièrement pour protéger les plus vulnérables. Wonder Woman rappelle ainsi que la puissance des femmes ne se limite pas à leur capacité à rivaliser avec les hommes : elle peut aussi s’exprimer dans la liberté, la solidarité, la protection des autres et le refus de l’injustice.
Sa particularité :
Comme souvent dans les comics, les origines de Wonder Woman ont connu plusieurs variations selon les époques et les réécritures. Dans l’une des versions les plus connues, Diana est la princesse de Themyscira, fille d’Hippolyte, reine des Amazones. Façonnée dans l’argile, elle reçoit la vie grâce aux dieux. Les Amazones vivent alors cachées du reste du monde, sur une île protégée, à l’écart de la violence humaine.
Le crash de Steve Trevor, pilote de l’armée, devient souvent le point de bascule : Diana quitte les siennes, découvre le monde humain et choisit d’intervenir dans un conflit qui la dépasse. Ce départ marque son entrée dans un univers bien moins protégé que celui de Themyscira.
Dans cette version, le mythe est déplacé. Diana ne grandit plus sur une île paradisiaque, entourée des Amazones, mais en ville, aux États-Unis. Elle est attaquée par un commando inconnu et comprend peu à peu que la survie des dernières Amazones est en jeu. Cette Diana n’est donc pas seulement une guerrière : c’est aussi une survivante, une héritière d’un peuple menacé, obligée de se battre pour protéger les siens et celles et ceux qu’elle aime.
Cette version pose finalement une question intéressante : qu’est-ce qui fait vraiment Wonder Woman ? Son costume, son île, son origine mythologique ? Ou bien ce qu’elle porte en elle : son courage, sa loyauté, son sens de la justice et son désir de protéger les autres ?
Cette Diana est aussi marquée par le deuil. La mort d’Hippolyte et la dispersion des Amazones donnent au récit une dimension plus intime : elle ne se bat pas seulement contre des ennemis, mais aussi pour préserver ce qui reste de son peuple et de son héritage.
La violence du récit accompagne bien cette réécriture plus sombre, même si certaines scènes peuvent surprendre lorsqu’on associe Wonder Woman à une figure plus lumineuse et héroïque.
De grands changements !
En commençant ma lecture, je m’attendais à retrouver l’univers le plus classique de Wonder Woman. Comme dans le film sorti en 2017, j’imaginais découvrir Diana sur une île paradisiaque perdue au milieu des flots. Elle aurait longuement vécu avec les siens avant de partir sauver le terrible monde humain… Mais cette version prend une tout autre direction !
Ici, le mythe est déplacé. Diana n’est plus seulement la princesse d’une île protégée : elle devient une jeune femme citadine, marquée dès l’enfance par la violence et la fuite. Lorsqu’elle était encore toute petite, les Amazones furent attaquées par des soldats et sa mère, Hippolyte, fut tuée. Dès lors, Diana fuit avec les survivantes. Formant une étrange diaspora, elles finissent par arriver en ville, où l’héroïne est traquée.
Le film de 2017 avait sans doute renforcé chez moi l’image d’une Diana solaire, mythologique et presque sacrée. Cette version m’a donc surprise par son atmosphère beaucoup plus urbaine, sombre et violente.
Niveau costume :
Beaucoup se sont plaints des modifications apportées à l’apparence de Wonder Woman.
À l’origine, lorsque William Moulton Marston crée son personnage, dans les années 40, la super-héroïne porte un bustier rouge, un mini-short bleu avec des étoiles et garde accroché à sa ceinture son célèbre lasso… Ce temps est révolu. Dans cette version, les dessinateurs l’ont recréée, ou plutôt repensée. Sa tiare est plus petite, plus gracieuse, tout comme ses bracelets à l’épreuve des balles. Elle porte toujours son bustier, mais il est camouflé par une large veste en cuir. Son short bleu a disparu. Elle porte un jean noir et des bottes de la même teinte.
Sa métamorphose a déplu à de nombreux fans, dont certain.e.s l’admiraient depuis l’âge d’or des comics. Beaucoup se sont attaché.e.s à cette figure, qui compte parmi les premières grandes super-héroïnes de l’histoire. De plus, Wonder Woman est connue comme une grande icône féministe de la pop culture.
Je comprends les personnes qui regrettent son costume : il a pendant longtemps très peu changé. Au fil des années, un attachement finit forcément par se créer. Et si elle ne ressemble plus à celle qu’elle était avant, qui est-elle ? La même. Toujours fidèle à son cœur et aux siennes. J’ai donc trouvé dommage que certaines critiques se concentrent autant sur ce sujet.
En 2017, dans la première version de cet article, je trouvais cette mise à jour judicieuse, parce qu’elle me semblait rendre le personnage plus crédible dans un contexte urbain et violent. Aujourd’hui, en 2026, je ne formulerais plus du tout les choses ainsi. Une femme, réelle ou fictive, ne devrait pas perdre sa légitimité féministe à cause de sa tenue. Ce qui me dérange davantage, c’est le regard qui transforme parfois les héroïnes en objets de désir avant de les laisser exister comme personnages. Dans cette version, j’ai apprécié que Diana paraisse plus ancrée dans l’action. Sa nouvelle tenue accompagne le ton plus sombre du récit et donne l’impression d’un personnage en fuite, en lutte, obligé de survivre autant que de combattre.

Les dessins :
Je ne sais pas trop quoi dire, à part que les dessins m’ont beaucoup plu ! Les personnages sont très expressifs, avec des visages et des postures qui rendent les émotions immédiatement lisibles ! Les planches fourmillent de détails ! Chaque regard, chaque tension, chaque mouvement semble transmettre quelque chose !
Mon avis :
J’adore cette héroïne, c’est l’une de mes préférées ! Le mélange entre mythologie et super-héros fonctionne très bien : la mythologie donne de l’ampleur au récit, tandis que l’aspect super-héroïque apporte le rythme, les combats et la tension. Les figures héroïques et divines de la mythologie grecque se découvrent sous un autre angle, et le passé de Diana occupe une place importante.
Mais la lecture est assez particulière au départ. Le récit laisse volontairement dans le flou. Ce n’est pas toujours agréable : il reste difficile à saisir, et tout semble mélangé. Je pense que cela permet de « remettre les compteurs à zéro ». Les personnes qui connaissaient peu Wonder Woman la découvrent peu à peu, tandis que celles et ceux qui connaissaient une version plus classique doivent s’adapter à cette nouvelle interprétation. Ce flou peut être frustrant, mais il a aussi du sens : Diana elle-même semble avancer dans un monde dont les règles lui échappent. Le lectorat partage donc sa perte de repères.
La contre-attaque menée par Diana, pour sauver ses « sœurs » et venger sa mère, plonge vite dans l’action. J’ai aimé voir cette version de Diana reprendre le contrôle : elle n’est pas seulement une survivante. Sa force ne vient pas de sa capacité à écraser les autres, mais de son désir de protèger, de réparer et de refuser l’injustice. J’ai beaucoup aimé cette lecture, et le résultat m’a vraiment surprise !
Petit plus :
Encore une fois, cette édition est splendide ! Dans les premières pages, l’édition revient sur l’évolution de Wonder Woman et sur ce qui a mené à cette « mini-renaissance ». À la fin, une interview de Lynda Carter est proposée. C’est l’actrice qui a incarné la première Wonder Woman dans la série télévisée des années 1970. J’ai trouvé cette intervention très riche, notamment lorsqu’elle évoque son envie de se glisser dans la peau d’un personnage aussi emblématique. Ensuite, les auteurs et dessinateurs expliquent pourquoi ils ont choisi de recréer les personnages et de retravailler les origines de Diana. Enfin… la galerie des couvertures… J’adore !
Trigger Warning !
J’ai vraiment adoré cette lecture, mais je pense qu’il est préférable de ne pas la recommander à de jeunes lecteur.rice.s : certaines scènes sont vraiment violentes !

