

Résumé :
Sur son lopin de terre de Sibérie, le paysan Pacôme vit avec sa femme et son fils. Il n’est pas riche mais il subvient aux besoins de sa famille. Cependant, Pacôme se sent à l’étroit. « Si seulement j’avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux. » Un appétit, tant pour les terres que pour ce qu’elles rapportent, qui va aller grandissant. D’après une nouvelle de Léon Tolstoï.
Avertissement de contenu : cupidité, exploitation, pauvreté, rapports de classe, violence sociale, mort.

Précisions :
Cette bande dessinée est l’adaptation du conte de Léon Tolstoï, paru en 1886. Comme l’histoire originale, cette œuvre montre la manière dont le désir de posséder toujours plus peut prendre le dessus, au détriment d’autrui. C’est un récit aux messages forts, qui invite à de nombreuses réflexions sur la propriété, la cupidité et notre rapport à la terre.
Des personnages qui interrogent le rapport à la terre :
Les personnages de cette histoire sont nombreux. Ceux qui retiennent particulièrement l’attention sont un jeune couple vivant à la campagne, ainsi qu’une propriétaire âgée. Le jeune couple vit de l’agriculture, du travail manuel, de son bétail et de la terre. Le couple semble heureux avec son jeune fils. Son mode de vie semble rude, mais proche de la terre, rythmé par le travail agricole et les plaisirs simples que procure la nature.
Tout semble se passer pour le mieux, jusqu’au jour où des membres de leur famille viennent leur rendre visite. La sœur de l’épouse vante les bienfaits de la ville, tandis que son mari suggère à Pacôme d’agrandir l’exploitation. Naît alors le désir d’en avoir davantage. Plus de bétail pour plus d’argent. Toujours plus. Mais comment obtenir les terres nécessaires ? Réponse : en profitant de la Barinya !
Cependant, la propriétaire âgée engage un intendant. Il est chargé de gérer ses biens et de punir les personnes qui profitaient de sa vulnérabilité. Il met à l’amende les paysan.ne.s qui prenaient trop de libertés avec ce qui ne leur appartenait pas. La colère gronde au village, et de nouveaux conflits apparaissent.
Qu’est-ce que peuvent faire les êtres humains au nom du pouvoir et de l’argent ?

L’évolution des personnages :
Ce qui m’a semblé intéressant dans ce livre, au-delà de la dénonciation, c’est de voir à quel point les personnages évoluent. Pour le meilleur comme pour le pire.
Pacôme glisse peu à peu vers la cupidité, tandis que sa femme tente de lutter contre l’obsession grandissante de son mari. Elle cherche à garder son bon sens. Leur fils voit son environnement se transformer, tandis que la Barinya prend peu à peu conscience des conséquences de ses choix.
Chaque personnage semble alors représenter une manière différente d’habiter le monde : posséder, résister, subir ou prendre conscience.
On dirait qu’être riche pose plus de problèmes que n’en résout.
Les dessins :
J’ai beaucoup aimé les dessins. Ils sont sobres, réalistes et vont à l’essentiel. Ils permettent de voyager entre steppes, champs et villages. La lecture donne à découvrir des paysages qui me sont moins familiers, dans un pays où l’agriculture a longtemps marqué le quotidien d’une grande partie de la population.
Les grands espaces ne servent pas seulement de décor : ils donnent presque physiquement la mesure du désir de Pacôme, comme si chaque champ ouvrait la possibilité d’en vouloir toujours plus.
Les couleurs sont également très bien choisies ! Elles accompagnent très bien les émotions que suscite l’histoire et renforcent cette impression de récit à la fois simple, rude et profondément humain.

Mon avis :
Cela peut sembler superficiel, mais j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque car la couverture et le titre me plaisaient bien. Lorsque je me suis aperçue que ce livre était une adaptation d’un conte de Tolstoï, j’ai eu peur de tomber sur des personnages aux noms à rallonge !
Finalement, j’ai été contente de pouvoir découvrir une œuvre de cet auteur, et je n’ai pas été déçue. Les personnages sont nombreux pour une BD, mais restent très faciles à distinguer visuellement. L’histoire est également fluide, prenante, et fait réfléchir. Elle invite à se remettre en question.
À une époque où l’accumulation est souvent présentée comme une réussite, cette histoire rappelle avec force qu’avoir davantage ne signifie pas forcément vivre mieux.
Martin et Charles Veyron rendent accessible à un vaste public une œuvre issue de la grande littérature russe, et m’ont aussi donné envie de me plonger dans le texte original !
À votre avis qu’est-ce qu’il faut de terre à l’homme ?
Une réflexion encore actuelle :
Ce qui rend ce récit encore intéressant aujourd’hui, c’est qu’il ne parle pas seulement de cupidité individuelle. Il interroge aussi le rapport à la terre : la terre que l’on cultive, que l’on possède, que l’on exploite, que l’on transmet ou que l’on cherche à agrandir à tout prix.
Difficile de ne pas penser, en lisant cette histoire, à des sujets très actuels : l’occupation des sols, l’artificialisation, l’intensification agricole, mais aussi cette idée persistante selon laquelle il faudrait toujours produire plus, posséder plus, rentabiliser davantage. Le conte de Tolstoï rappelle pourtant une chose très simple : avoir plus d’espace, plus de terres ou plus de richesse ne signifie pas forcément vivre mieux.
À travers Pacôme, le récit montre surtout le danger d’un désir sans limite. À force de vouloir agrandir son monde, il finit par perdre de vue ce qui lui permettait réellement d’exister : sa famille, son équilibre, son lien concret à la terre.
Ce conte rappelle que la question n’est pas seulement de savoir combien de terre une personne peut posséder, mais de se demander à partir de quand le désir de posséder finit par nous déposséder de l’essentiel.
Pour prolonger l’ambiance :
En écho à cette lecture, j’ai eu envie de partager cette chanson : “Le Petit Pêcheur” de Manon Lisa. Elle m’évoque, elle aussi, un rapport simple et sensible au monde, aux gestes du quotidien et à ce que la terre (ou le vivant) peut représenter dans une existence.
