
Résumé :
Lorsque des pirates viennent attaquer son village, celle qui sera surnommée Crevette est recueillie par le chef-même de ces malfrats. Elle doit alors se faire passer pour un homme, mais arrivera-t-elle à se faire accepter du reste de l’équipage sans se faire démasquer ? Veut-elle vraiment rejoindre ceux qui ont assassiné ses proches ?
Avertissement de contenu : attaque de village, mort, meurtre de proches, incendie, peur, survie, sexisme, travestissement contraint.
Le feu, les cris, la fumée. Terrée, terrorisée, incapable de bouger, l’homme immense avançait vers moi, une épée gigantesque à la main. Sa grosse main m’attrapa par le col de ma robe et me plaqua contre le mur du salon. Ses yeux effrayants regardèrent droit dans les miens.
Avertissement :
Ce livre est une nouvelle, donc je ne souhaite pas trop entrer dans les détails, par peur de vous spoiler.
Petit constat :
Bien souvent, en lisant des nouvelles, ou des histoires courtes, je trouve que le personnage principal reste peu développé. Il peut alors être difficile de comprendre pleinement ce personnage. Dans ce cas, la personne qui lit peut avoir du mal à s’impliquer dans l’histoire. Elle reste alors simple spectatrice, sans vraiment vivre l’aventure. C’est généralement dommage, et peu intéressant à lire.
Cependant, avec Les pirates du Tobiuo Noir, l’autrice a très bien dosé son récit. L’histoire est courte, mais intense. C’est justement ce dosage qui fait la force du texte : l’autrice ne dit pas tout, mais elle en dit assez pour créer une vraie proximité avec Crevette ! Le peu d’éléments donnés sur cette fille, dont seul le surnom est connu, suffit. Je me suis attachée à Crevette, je me suis inquiétée pour elle, et j’ai partagé ses peurs. C’est un personnage qu’il est difficile de ne pas aimer.
Je le suivis dehors. J’étais beaucoup trop effrayée pour oser faire preuve d’une quelconque initiative. Le village que j’avais connu n’existait plus. Les maisons brûlaient, certaines n’étaient déjà plus qu’un tas de cendres. L’immense homme mit le feu à notre maison et avança vers le rivage. Je trottinai derrière lui essayant de suivre le rythme de ses grands pas en fixant son large dos. Je concentrai toute mon attention sur son dos afin d’éviter de voir les corps familiers jonchant le sol. Des éclats de rire provenaient de la plage contrastant avec l’image apocalyptique du village.
L’histoire :
Crevette est donc une jeune fille recueillie par les pirates qui ont massacré sa famille. Mais, comme les femmes sont mal vues à bord et considérées comme porteuses de malheur, elle va devoir se faire passer pour un garçon.
Elle devra apprendre à se battre, à parler et à se vêtir autrement, tout en cachant certains aspects de son corps et de son intimité pour ne pas être démasquée. Elle devra aussi vivre avec les assassins de ses parents, tout en mentant à ses camarades pour survivre.
L’histoire est donc marquée par la situation critique de la jeune fille, et par sa peur d’être démasquée…
Mon avis :
J’ai beaucoup aimé l’histoire : elle est entraînante, l’écriture est fluide et rythmée, et le personnage de Crevette est très attachant ! L’intrigue est prenante, et j’ai été facilement embarquée dans l’aventure !
L’autrice soulève de nombreuses questions cohérentes avec l’intrigue. Même lorsque ces questions touchent à l’intimité corporelle ou aux contraintes du quotidien, elles prennent une grande importante dans une telle situation, et rendent l’histoire plausible.
Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que l’histoire ne repose pas seulement sur une aventure de pirates. Crevette n’est pas simplement une jeune fille déguisée en garçon pour vivre quelque chose d’extraordinaire : elle se cache pour survivre. Elle évolue dans un environnement où les femmes sont rejetées, perçues comme porteuses de malheur, et où sa place n’existe pas vraiment. Son mensonge devient alors une stratégie de protection, autant qu’une contrainte permanente.
À cela s’ajoute une violence très forte : Crevette vit auprès des personnes responsables du massacre de sa famille. Derrière le décor d’aventure maritime, le récit parle donc aussi de peur, de deuil, de contrainte et d’adaptation. Elle doit apprendre à exister dans un monde qui l’a déjà privée de presque tout.
Ce point m’a fait penser à des figures comme Jeanne Baret, embarquée sous une identité masculine dans l’expédition de Bougainville au XVIIIe siècle, ou encore à Mary Read et Anne Bonny dans l’imaginaire pirate. À travers Crevette, la nouvelle rappelle que la mer a longtemps été pensée comme un espace masculin, où certaines femmes devaient cacher leur identité pour survivre ou simplement exister.
Au final, ce fut une lecture très rapide (vraiment) et très agréable !
Remerciements :
Je tiens à remercier l’auteure, Line Marlin, pour sa confiance, ainsi que la plateforme SimPlement.
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