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To Your Eternity de Yoshitoki Oima

Une mystérieuse sphère a été déposée sur Terre. Elle peut adopter la forme de tout ce qu’elle touche. La mort ne peut la vaincre. D’abord simple pierre, elle va prendre l’apparence d’un loup qui a succombé à ses blessures et faire la rencontre d’un jeune garçon abandonné de tous… Ici débute un voyage éternel…

Cette œuvre évoque la solitude, la mort, le deuil, la survie, la souffrance physique et morale, ainsi que certains passages violents ou émotionnellement difficiles.

Ce premier tome peut sembler contemplatif, voire déroutant, parce qu’il suit une entité qui ne comprend pas encore le monde humain. Le rythme repose donc beaucoup sur l’observation, les sensations et les rencontres. Il ne faut pas forcément attendre une intrigue classique dès les premières pages.

Au commencement, une entité de forme sphérique est déposée sur Terre. Elle entre d’abord en contact avec une pierre, puis devient pierre à son tour, avant de se transformer en mousse. Elle reste ainsi pendant des centaines d’années.

Un jour, un loup mourant vient jusqu’à elle. À son contact, l’entité prend la forme de l’animal qui vient de succomber à ses blessures. Sous cette nouvelle apparence, elle doit tout apprendre : respirer, marcher, manger, ressentir… Elle n’est plus seulement une forme. Elle est devenue un être vivant.

C’est ainsi qu’elle découvre le monde, puis la vie. Elle rencontre ensuite un jeune garçon solitaire, auprès duquel elle apprend à exister autrement. Peu à peu, « elle » devient Joan, jusqu’au jour où une nouvelle transformation l’attend…

C’est assez étrange, mais j’ai beaucoup aimé le principe de cette histoire. Le récit ne suit pas un personnage ordinaire, et c’est justement ce qui le rend si intéressant. Cette entité découvre le monde petit à petit, tandis qu’elle se découvre elle-même.

La différence entre elle et les êtres vivants, c’est que ces derniers connaissent déjà, au moins en partie, leur propre fonctionnement. Par nature, les êtres vivants savent respirer, manger, ressentir, réagir à la douleur ou à la peur.

Ce qui fait la force de cette histoire, c’est que « la forme » ne sait rien : elle découvre tout. Elle découvre le froid, la faim, la marche, l’attachement, la perte, la solitude. Même lorsque le récit surprend, il touche quelque chose de très sensible.

Tout est à la fois poétique et étrange. Le manga invite alors à regarder les gestes les plus simples comme s’ils étaient extraordinaires : respirer, avancer, reconnaître une présence, avoir mal, tenir à quelqu’un.

Le style de dessin est très beau. Yoshitoki Ōima illustre à merveille la nature, qu’il s’agisse du végétal, de l’animal ou des grands paysages enneigés. L’être humain semble n’occuper qu’une petite place dans cet univers, face à la grandeur du vivant.

Ce rapport d’échelle renforce beaucoup l’émotion du récit. Les personnages paraissent parfois minuscules face à la nature, au froid, à la solitude ou à la mort. Cela donne au manga une atmosphère à la fois rude et contemplative, portée par des traits fins, expressifs et détaillés.

J’ai beaucoup aimé ce manga. L’histoire n’est pas ordinaire, et elle intrigue par son originalité. Est-ce donc cela, l’immortalité ? Voyager à travers plusieurs formes, plusieurs vies, plusieurs rencontres ?

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le personnage de March, cette petite fille que les adultes jugent « pas sage ». Elle apporte beaucoup d’émotion au récit et fait réfléchir à la liberté, à l’enfance, aux attentes que les adultes font peser sur les enfants, mais aussi au désir très simple de grandir.

Son histoire laisse de beaux messages et déclenche de nombreuses émotions. Je l’ai néanmoins trouvée assez glauque et dure par moments. La vie est parfois comme ça, mais après avoir rencontré de si beaux personnages, la mort paraît encore plus brutale. Et pourtant, il reste encore tant à découvrir.

Par ailleurs, j’ai aussi trouvé l’histoire un peu répétitive. Je ne sais pas encore jusqu’où l’autrice veut mener son récit, mais j’espère que la suite sera encore meilleure !

Pour finir, ce fut une très belle découverte : une histoire poétique qui mêle transformation, renaissance, solitude, joie et tristesse, pour une découverte du monde vraiment particulière.

Encore une chose que j’ai bien aimée avec ce manga, c’est qu’il m’a amené à poser plusieurs question notamment autour de plusieurs thèmes :

  • L’identité : peut-on parler d’identité pour décrire « la sphère » ? Si oui, comment la nommer ? Est-elle une chose, une forme, une conscience, une personne en devenir ?

  • L’immortalité : est-ce vraiment une chance ? Quelle en serait l’utilité sur Terre ? L’immortalité a-t-elle encore un sens lorsque chaque rencontre peut mener à une perte ?

  • La culture : les croyances du peuple de March sont remises en question au cours de l’histoire, notamment à travers les traditions, les sacrifices et les rapports de pouvoir.

J’ai aussi relevé certaines références ou similitudes comme :

  • D’abord, il y a cette idée de « génération spontanée » (coucou Aristote) mais dans un sens assez particulier. En touchant certains éléments, la sphère se transforme en autre chose. Elle passe de la pierre à la mousse, puis au loup, comme si la vie surgissait par contact, imitation et transformation.

  • J’ai aussi pensé à Princesse Mononoké, de Hayao Miyazaki, notamment dans le chapitre « Jeu d’enfant ». Ce ne sont pas les mêmes histoires, bien sûr, mais j’y ai retrouvé certains échos : un récit situé au Japon, des peuples marqués par la vengeance, une offrande, une forte présence de la nature et la figure du loup.

Ces rapprochements restent personnels, mais ils montrent à quel point ce premier tome ouvre déjà beaucoup de pistes : philosophiques, émotionnelles, culturelles et symboliques.

To Your Eternity peut plaire aux personnes qui aiment les récits initiatiques, les histoires mélancoliques, les personnages qui apprennent à exister, et les œuvres qui parlent de mort, de mémoire, d’attachement et de transmission. Ce premier tome est dur par moments, mais il possède une vraie beauté émotionnelle.

Pour prolonger cette découverte, voici plusieurs vidéos autour de To Your Eternity. Elles permettent de découvrir l’ambiance du manga, d’en apprendre davantage sur son univers, ou simplement de se faire une idée avant de commencer la lecture.

5 réflexions au sujet de “To Your Eternity de Yoshitoki Oima”

    1. Merci pour ton commentaire, même si ma réponse arrive très tard !

      Je comprends totalement. To Your Eternity a un rythme assez particulier, surtout au début, et l’attachement émotionnel peut être compliqué parce que le récit avance par rencontres, pertes et transformations. Le tome 1 pose surtout les bases de l’univers. J’espère que la suite t’aura davantage accrochée si tu as continué. 🙂

      Aimé par 1 personne

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