Mangas, Shōnen

L’enfant et le Maudit de Nagabe

Première de couverture du manga.

Il y a très longtemps, dans une contrée lointaine, existaient deux pays… “L’intérieur” où vivaient les humains, et “l’extérieur”, où habitaient des créatures monstrueuses qu’il ne fallait surtout pas toucher, sous peine de subir la malédiction. Cette histoire commence le jour où se sont rencontrés deux êtres qui n’auraient jamais dû se croiser…

Ils sont aussi différents que le jour et la nuit… Et malgré tout ce qui les sépare, malgré les ténèbres qui les entourent, ils vont écrire petit à petit une fable tous les deux…

Ce manga aborde plusieurs sujets sensibles, notamment l’isolement, l’abandon, la peur de l’autre, le rejet social et la menace liée à une malédiction. Son atmosphère sombre et mélancolique peut aussi évoquer la solitude, la séparation et l’inquiétude autour d’une enfant livrée à un monde hostile.

Il était une fois deux divinités qui représentaient la lumière et les ténèbres. Le dieu de lumière apportait la joie autour de lui, alors que le dieu des ténèbres semait le malheur sur son passage.

Un jour, le dieu de lumière se mit en colère contre celui des ténèbres et lui infligea un châtiment. Le dieu des ténèbres fut privé de tout ce qu’il possédait et fut transformé en un monstre hideux. Fou de rage, il changea son châtiment en une malédiction afin que tout le monde subisse le même sort.

Ce qui est surprenant avec ce manga, c’est son esthétique très travaillée. Les planches ressemblent davantage à des illustrations issues de romans graphiques qu’à des planches de manga, ce qui crée une impression assez étrange.

Tout est détaillé avec finesse, sans jamais paraître excessif. Les personnages sont expressifs, et l’atmosphère est singulière : c’est superbe ! Le jeu d’ombres et de lumières est aussi remarquable ; il colle parfaitement à l’histoire. C’est comme si chaque choix graphique avait été pensé pour servir le récit. L’ensemble est particulièrement réussi.

Bref, j’ai usé tous mes qualificatifs mélioratifs 🤭

Planche extraite du manga. Sert d'exemple.

Dès les premières pages, le récit plonge dans une atmosphère mystérieuse, où l’angoisse s’installe peu à peu… Le suspense monte alors progressivement jusqu’à la dernière page, à mesure que le récit en révèle davantage sur la malédiction et sur cet étrange duo.

Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est que le manga ne donne pas tout de suite ses réponses : il préfère laisser planer le doute, comme dans un conte sombre où chaque silence semble cacher quelque chose.

– Écoute…

Si jamais tu rencontres un être de l’extérieur, tu ne dois surtout pas le toucher.

Sauve-toi le plus vite possible.

– Pourquoi ?

– Eh bien… A cause de la malédiction.

Planche extraite du manga. Sert d'exemple.

La vitesse de lecture est presque inquiétante. Sans mentir. J’ai lu L’Enfant et le Maudit en vingt minutes ! Si l’histoire n’avait pas été aussi bien, et aussi belle, j’aurais mis bien plus de temps… Mais c’est tout de même un peu trop rapide. Surtout qu’à la fin de ce tome, il devient clair que l’histoire vient tout juste de commencer et que la suite promet d’être mouvementée. Bref, c’est passé beaucoup trop vite, et je suis déjà accro ! 😄

J’ai tout de même trouvé les dialogues parfois un peu difficiles à suivre. Par moments, les bulles ne semblent pas pointer vers la bonne personne ou la bonne direction. Cela ne bloque pas la compréhension globale : il reste assez facile de deviner qui parle et à quel moment, surtout que les dessins sont très détaillés et l’histoire très contemplative. Malgré tout, cela coupe légèrement la fluidité de la lecture.

Planche extraite du manga. Sert d'exemple.

Globalement, j’ai adoré cette histoire. C’est une œuvre vraiment particulière, et cela m’a beaucoup plu. Les dessins sont très expressifs, et j’aime beaucoup ce style qui peut faire penser à l’univers de Tim Burton ou de Benjamin Lacombe… Cet assemblage est parfait pour conter l’histoire de l’Enfant et du Maudit, ce duo touchant, dans une contrée onirique et inquiétante.

Ce qui m’a aussi beaucoup touchée, c’est la manière dont le manga interroge la peur de l’autre. Qui est vraiment le monstre : celui qui porte la malédiction, ou celles et ceux qui rejettent ce qu’iels ne comprennent pas ?

La relation entre l’Enfant et le Maudit est d’autant plus touchante qu’elle repose sur une distance impossible à oublier. La tendresse existe, mais le contact reste dangereux, ce qui donne à chaque geste une intensité particulière.

L’ensemble m’a donné l’impression de lire un conte noir : quelque chose de très doux en apparence, mais traversé par l’inquiétude, l’abandon et la menace.

C’est assez paradoxal : le tome se lit très vite, mais son atmosphère donne une impression de lenteur, comme si chaque page invitait à s’arrêter sur une ombre, un geste ou un silence.

En bref, j’ai VRAIMENT adoré, mais j’attends de voir la suite, car l’histoire semble presque « commencer à la fin » !

Il existe aujourd’hui une adaptation animée de ce manga, produite par Wit Studio. Elle permet de prolonger l’univers poétique, sombre et mélancolique imaginé par Nagabe.

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