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Black Mirror, saison 5 : une saison moins choc, mais toujours dĂ©rangeante đŸ–„

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Cette chronique Ă©voque la saison 5 de Black Mirror, avec des thĂ©matiques liĂ©es Ă  la rĂ©alitĂ© virtuelle, au couple, Ă  la sexualitĂ©, Ă  l’addiction aux Ă©crans, aux rĂ©seaux sociaux, Ă  la prise d’otage, au deuil, Ă  la culpabilitĂ©, Ă  l’exploitation artistique, Ă  la santĂ© mentale, au contrĂŽle technologique et Ă  quelques scĂšnes violentes ou dĂ©rangeantes.

Hey !

Cet article est un avis plutĂŽt Ă  chaud sur la saison 5 de Black Mirror, sortie en juin 2019. Je n’avais encore jamais vraiment parlĂ© de cette sĂ©rie sur le blog, parce que je suis arrivĂ©e (encore une fois) trente ans aprĂšs la guerre. VoilĂ . 😄

Pour les personnes qui auraient vĂ©cu dans une grotte comme moi : Black Mirror est une sĂ©rie d’anticipation dont les Ă©pisodes sont indĂ©pendants. Les personnages, les dĂ©cors et les intrigues changent Ă  chaque fois, mais l’idĂ©e reste souvent la mĂȘme : montrer une rĂ©alitĂ© sombre, inquiĂ©tante, parfois absurde, qui ressemble beaucoup trop Ă  la nĂŽtre.

C’est sans doute ce qui rend la sĂ©rie aussi dĂ©rangeante. Elle ne parle pas seulement de technologie futuriste. Elle parle aussi de nos usages, de nos dĂ©sirs, de nos dĂ©pendances, de notre rapport aux autres et de ce que certaines innovations peuvent rĂ©vĂ©ler de nous !

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Comme souvent avec Black Mirror, les premiĂšres minutes de chaque Ă©pisode sont un peu Ă©tranges. À chaque fois, je me demande ce qui va finir par dĂ©railler.

Est-ce qu’un personnage va mourir ? Est-ce qu’une technologie va prendre le contrĂŽle ? Est-ce qu’une organisation inquiĂ©tante se cache derriĂšre tout ça ? Qu’est-ce qui cloche exactement ? Et si le plus perturbant, c’était justement de ne pas rĂ©ussir Ă  voir immĂ©diatement ce qui ne va pas ?

Bref, sortons de mes pensĂ©es, c’est le bazar.

Chaque Ă©pisode est dĂ©rangeant Ă  sa maniĂšre, avec un niveau de malaise plus ou moins fort selon les saisons. Mais dans cette saison 5, le futur semble beaucoup moins Ă©loignĂ© que dans certains Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents. Les technologies Ă©voquĂ©es existent dĂ©jĂ  en partie, ou paraissent suffisamment proches de notre rĂ©alitĂ© pour ĂȘtre crĂ©dibles.

Elles ne sont peut-ĂȘtre pas encore dĂ©veloppĂ©es Ă  grande Ă©chelle, par manque de moyens, d’intĂ©rĂȘts Ă©conomiques ou de contexte favorable, mais elles ne relĂšvent plus vraiment de la science-fiction pure.

C’est probablement ce qui rend cette saison intĂ©ressante : elle ne met pas seulement en avant la robotisation de nos vies ou des gadgets futuristes. Elle questionne surtout des sujets trĂšs actuels : le couple, le dĂ©sir, les rĂ©seaux sociaux, l’addiction aux Ă©crans, l’industrie musicale, l’image publique et notre rapport aux technologies.

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Lorsque Karl offre Ă  Danny une version remastĂ©risĂ©e en rĂ©alitĂ© virtuelle de leur ancien jeu vidĂ©o prĂ©fĂ©rĂ©, Striking Vipers, les deux amis se retrouvent dans une situation Ă©trange, intime et dĂ©routante. Ce qui devait ĂȘtre un simple retour nostalgique vers leur jeunesse prend rapidement une place beaucoup plus trouble dans leur vie rĂ©elle.

Cet Ă©pisode m’a vraiment mise mal Ă  l’aise. Ce n’est pourtant pas le plus violent de Black Mirror, ni le plus choquant visuellement. Mais il touche Ă  quelque chose de plus intime : le dĂ©sir, le couple, la routine, la frustration, l’amitiĂ©, le corps, le fantasme et les limites de la fidĂ©litĂ©.

En un sens, le principe de dĂ©part fait penser Ă  un mĂ©lange improbable entre Jumanji, pour l’idĂ©e d’entrer dans un jeu, et Black Mirror : San Junipero, pour la question du virtuel comme espace d’expĂ©rience Ă©motionnelle et corporelle.

Danny et Karl, deux vieux amis dont le lien semble s’ĂȘtre un peu distendu avec le temps, se retrouvent dans un jeu de combat en rĂ©alitĂ© virtuelle. Le but officiel est simple : se battre. Mais l’innovation technologique change tout. Leurs corps ressentent les coups, les sensations et les Ă©motions comme s’ils Ă©taient rĂ©ellement dans cet univers.

À partir de lĂ , le retour Ă  la rĂ©alitĂ© devient beaucoup plus compliquĂ©.

L’épisode montre trĂšs bien la maniĂšre dont le quotidien peut perdre de son intensitĂ© face Ă  des stimulations virtuelles plus fortes, plus immĂ©diates, plus excitantes. La vie rĂ©elle paraĂźt soudain terne, rĂ©pĂ©titive, presque Ă©touffante, tandis que le jeu devient un espace d’évasion, de dĂ©sir et de libertĂ©.

Cela pose plusieurs questions assez vertigineuses.

Le bonheur peut-il rester durable lorsqu’il devient trop familier ? Est-ce qu’une personne peut ĂȘtre heureuse sans s’en rendre compte ? Le dĂ©sir pousse-t-il toujours Ă  chercher autre chose, ailleurs, plus loin, plus fort ?

Le quotidien de Danny ressemble presque Ă  une prison douce : rien n’est objectivement catastrophique, mais quelque chose semble s’ĂȘtre figĂ©. Sa vie est stable, confortable, peut-ĂȘtre mĂȘme enviable de l’extĂ©rieur. Pourtant, cette stabilitĂ© ne suffit plus vraiment.

C’est lĂ  que l’épisode devient intĂ©ressant. Il ne parle pas seulement de jeu vidĂ©o ou de rĂ©alitĂ© virtuelle. Il interroge aussi les espaces de fuite. Les personnes qui lisent beaucoup, qui s’attachent Ă  des univers fictifs, qui trouvent refuge dans l’imaginaire ou les jeux vidĂ©o, connaissent peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  une part de cette sensation : quitter temporairement le rĂ©el pour vivre autre chose.

La diffĂ©rence, ici, c’est que la frontiĂšre entre Ă©vasion, fantasme et expĂ©rience vĂ©cue devient beaucoup plus floue.

Attention je vais commencer les spoilers, si vous voulez lire sĂ©lectionner le texte dans le vide ci-dessous 😉 Sinon bon visionnage et un conseil : n’oubliez pas les rĂ©pliques dans le bar 😉

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Ma toute premiĂšre impression a Ă©tĂ© assez mitigĂ©e. Sur le moment, je me suis dit : “bof, c’est un peu long pour pas grand-chose”. Je ne suis pas toujours la personne la plus patiente du monde, et j’avais presque envie d’aller directement Ă  la fin pour comprendre oĂč l’épisode voulait en venir.

Et pourtant, petit Ă  petit, quelque chose fonctionne.

D’abord, les acteurs jouent vraiment trĂšs bien. Celui qui interprĂšte Chris est particuliĂšrement impressionnant. Sa maniĂšre de passer de la colĂšre Ă  la panique, puis de la violence Ă  une forme de dĂ©tresse presque insoutenable, rend le personnage difficile Ă  regarder, mais impossible Ă  ignorer.

Ensuite, l’épisode crĂ©e une tension trĂšs efficace. MĂȘme quand le rythme paraĂźt lent, l’envie de comprendre reste prĂ©sente : pourquoi Chris fait-il cela ? Que veut-il vraiment ? Jusqu’oĂč la situation peut-elle dĂ©gĂ©nĂ©rer ?

Et surtout, le sujet touche quelque chose de trĂšs actuel. L’emprise des rĂ©seaux sociaux grandit chaque jour, parfois de maniĂšre presque invisible. L’épisode montre Ă  quel point certaines plateformes peuvent connaĂźtre nos vies, nos habitudes, nos donnĂ©es et nos comportements avec une prĂ©cision effrayante.

Ce qui m’a le plus marquĂ©e, c’est le dĂ©sĂ©quilibre de pouvoir. La police, le gouvernement et mĂȘme le FBI semblent moins informĂ©s, moins rapides et moins efficaces que l’entreprise elle-mĂȘme. Smithereen sait tout, ou presque. Les institutions tĂątonnent pendant que la plateforme accĂšde Ă  des informations personnelles en quelques secondes.

C’est glaçant.

Il y a aussi quelque chose de trĂšs triste dans la maniĂšre dont l’épisode montre les trajets en voiture. Chris observe des passager.Ăšre.s absorbĂ©.e.s par leur tĂ©lĂ©phone, enfermĂ©.e.s dans leurs Ă©crans, parfois incapables de lever les yeux. Ce n’est pas seulement une critique individuelle : c’est aussi une maniĂšre de montrer Ă  quel point certains usages numĂ©riques ont envahi les gestes les plus ordinaires.

L’épisode m’a fait penser Ă  la surveillance numĂ©rique, aux donnĂ©es personnelles, aux plateformes qui savent Ă©normĂ©ment de choses sur nous, parfois plus que nos proches ou les institutions censĂ©es nous protĂ©ger, et au film Snowden. Il y a un cĂŽtĂ© assez paranoĂŻaque, presque façon lanceur d’alerte, mais ce malaise fonctionne justement parce qu’il n’est pas si Ă©loignĂ© de la rĂ©alitĂ©.

Enfin, le message autour de la prĂ©vention routiĂšre aurait pu ĂȘtre trĂšs moralisateur. Pourtant, il reste puissant, parce qu’il passe par la culpabilitĂ©, le deuil et l’obsession de Chris plutĂŽt que par une simple leçon de conduite.

À partir d’ici, je parle plus prĂ©cisĂ©ment de l’épisode. Si vous ne l’avez pas encore vu, mieux vaut revenir aprĂšs le visionnage.

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Cet Ă©pisode est assez inhabituel pour Black Mirror. Il donne presque l’impression de viser un public diffĂ©rent, plus adolescent, avec une intrigue plus colorĂ©e, plus pop et plus proche du teen movie que du cauchemar technologique habituel.

Je reste donc partagée.

D’un cĂŽtĂ©, l’histoire est touchante, inquiĂ©tante, et elle semble entrer en rĂ©sonance avec certaines images publiques associĂ©es Ă  Miley Cyrus : l’ancienne idole adolescente, la pression mĂ©diatique, la transformation artistique, le contrĂŽle de l’industrie musicale et la difficultĂ© d’exister autrement que comme un produit rentable.

De l’autre, l’épisode ne correspond pas totalement Ă  l’image que je me fais de Black Mirror. Il est moins sombre, moins implacable, parfois plus prĂ©visible, et son dĂ©nouement paraĂźt beaucoup plus lĂ©ger que dans d’autres Ă©pisodes de la sĂ©rie.

Pourtant, le fond reste intéressant.

L’épisode met en parallĂšle deux formes d’enfermement. D’un cĂŽtĂ©, Rachel est une adolescente perdue, qui vient d’emmĂ©nager dans une nouvelle ville, manque de confiance en elle et cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment une prĂ©sence rassurante. De l’autre, Ashley O est une artiste enfermĂ©e dans une image fabriquĂ©e, exploitĂ©e par une industrie qui prĂ©fĂšre vendre une version lisse, rentable et joyeuse d’elle-mĂȘme plutĂŽt que d’écouter sa souffrance.

La critique de la sociĂ©tĂ© capitaliste est assez claire : il faut produire, vendre, sourire, performer, rassurer les fans et rentabiliser l’image d’une artiste, mĂȘme lorsque sa santĂ© mentale vacille.

La surconsommation ne fait pas seulement polluer. Elle exploite aussi des corps, des émotions, des imaginaires et des identités.

J’aurais toutefois aimĂ© que le scĂ©nario articule mieux les deux histoires. Le malaise de Rachel, sa relation avec Jack, leur deuil familial et la solitude adolescente auraient pu ĂȘtre davantage dĂ©veloppĂ©s. Par moments, l’épisode donne l’impression de mĂ©langer deux rĂ©cits : une histoire d’adolescente en manque de repĂšres et une satire de l’industrie musicale dopĂ©e Ă  l’intelligence artificielle.

Le résultat est parfois touchant, parfois trop facile.

Ashley Too, la poupĂ©e connectĂ©e, fonctionne comme une pĂąle imitation du lien rĂ©el. Elle vend une illusion de proximitĂ© avec une star. Elle promet une amie toujours disponible, toujours encourageante, toujours adaptĂ©e. Mais cette prĂ©sence artificielle repose sur une logique trĂšs inquiĂ©tante : crĂ©er un produit Ă©motionnellement attachant, capable de s’intĂ©grer dans la solitude des jeunes fans.

Ce qui me dĂ©range, ce n’est pas que Rachel s’attache Ă  cette IA. Au contraire, c’est comprĂ©hensible. Ce qui me dĂ©range, c’est le systĂšme qui exploite ce besoin d’attention, d’amour et de reconnaissance.

La personnalitĂ© devient alors quelque chose que l’on peut copier, lisser, vendre et multiplier. L’épisode montre trĂšs bien cette logique de standardisation : il ne s’agit plus seulement d’admirer une artiste, mais de consommer une version contrĂŽlĂ©e, simplifiĂ©e et commercialisable de son image.

Et franchement, aprĂšs cet Ă©pisode, les jouets connectĂ©s pour enfants ne se regardent plus exactement de la mĂȘme maniĂšre.

 

À partir d’ici, je parle plus prĂ©cisĂ©ment de l’épisode. Si vous ne l’avez pas encore vu, mieux vaut revenir aprĂšs le visionnage.

Petit rajout : je ne suis pas vraiment d’accord avec les articles affirmant que Miley Cyrus a « sauvĂ© » la saison 5 de Black Mirror. Sa prĂ©sence fonctionne, et son rĂŽle apporte quelque chose d’intĂ©ressant, mais l’épisode n’efface pas les limites de cette saison.

Cette saison 5 m’a laissĂ©e mitigĂ©e.

Elle est moins marquante que certaines saisons prĂ©cĂ©dentes, moins brutale, moins vertigineuse peut-ĂȘtre. Pourtant, elle soulĂšve des questions intĂ©ressantes : le couple, le dĂ©sir virtuel, l’emprise des rĂ©seaux sociaux, la culpabilitĂ©, l’exploitation artistique, l’IA, la solitude et la difficultĂ© de rester soi-mĂȘme dans un monde saturĂ© d’écrans, d’images et de performances.

J’aurais aimĂ© des Ă©pisodes plus poussĂ©s, plus sombres, parfois plus courageux dans leurs thĂ©matiques. Mais cette saison reste suffisamment riche pour ouvrir la discussion.

2 rĂ©flexions au sujet de “Black Mirror, saison 5 : une saison moins choc, mais toujours dĂ©rangeante đŸ–„”

  1. J’ai aimĂ© cette derniĂšre saison de Black Mirror mais les Ă©pisodes m’ont moins marquĂ© que d’autres. Je suis pas déçue de ses Ă©pisodes, loin de lĂ , mais le fait de nous retrouver avec seulement 3 Ă©pisodes pour une saison et voir qu’aucun n’a Ă©tĂ© trĂšs « innovant » pour moi ou pas trĂšs dĂ©veloppĂ© (surtout le premier Ă©pisode) je me retrouve avec une petite insatisfaction.

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