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Cette chronique Ă©voque la saison 5 de Black Mirror, avec des thĂ©matiques liĂ©es Ă la rĂ©alitĂ© virtuelle, au couple, Ă la sexualitĂ©, Ă lâaddiction aux Ă©crans, aux rĂ©seaux sociaux, Ă la prise dâotage, au deuil, Ă la culpabilitĂ©, Ă lâexploitation artistique, Ă la santĂ© mentale, au contrĂŽle technologique et Ă quelques scĂšnes violentes ou dĂ©rangeantes.
Une saison plus proche de nous que prĂ©vu đ„ïž
Hey !
Cet article est un avis plutĂŽt Ă chaud sur la saison 5 de Black Mirror, sortie en juin 2019. Je nâavais encore jamais vraiment parlĂ© de cette sĂ©rie sur le blog, parce que je suis arrivĂ©e (encore une fois) trente ans aprĂšs la guerre. VoilĂ . đ
Pour les personnes qui auraient vĂ©cu dans une grotte comme moi : Black Mirror est une sĂ©rie dâanticipation dont les Ă©pisodes sont indĂ©pendants. Les personnages, les dĂ©cors et les intrigues changent Ă chaque fois, mais lâidĂ©e reste souvent la mĂȘme : montrer une rĂ©alitĂ© sombre, inquiĂ©tante, parfois absurde, qui ressemble beaucoup trop Ă la nĂŽtre.
Câest sans doute ce qui rend la sĂ©rie aussi dĂ©rangeante. Elle ne parle pas seulement de technologie futuriste. Elle parle aussi de nos usages, de nos dĂ©sirs, de nos dĂ©pendances, de notre rapport aux autres et de ce que certaines innovations peuvent rĂ©vĂ©ler de nous !
Par rapport aux spoilers :
Je vais faire une partie sans spoilers et une autre avec, le tout par Ă©pisode. Nâayant pas la possibilitĂ© de pouvoir utiliser des plugins et autres bizarreries, le texte avec spoilers est en blanc aprĂšs lâindication spoilers ! Pour le lire il suffit de sĂ©lectionner avec le clic droit !
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Vue dâensemble : un futur presque dĂ©jĂ lĂ đ„ïž
Comme souvent avec Black Mirror, les premiÚres minutes de chaque épisode sont un peu étranges. à chaque fois, je me demande ce qui va finir par dérailler.
Est-ce quâun personnage va mourir ? Est-ce quâune technologie va prendre le contrĂŽle ? Est-ce quâune organisation inquiĂ©tante se cache derriĂšre tout ça ? Quâest-ce qui cloche exactement ? Et si le plus perturbant, câĂ©tait justement de ne pas rĂ©ussir Ă voir immĂ©diatement ce qui ne va pas ?
Bref, sortons de mes pensĂ©es, câest le bazar.
Chaque Ă©pisode est dĂ©rangeant Ă sa maniĂšre, avec un niveau de malaise plus ou moins fort selon les saisons. Mais dans cette saison 5, le futur semble beaucoup moins Ă©loignĂ© que dans certains Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents. Les technologies Ă©voquĂ©es existent dĂ©jĂ en partie, ou paraissent suffisamment proches de notre rĂ©alitĂ© pour ĂȘtre crĂ©dibles.
Elles ne sont peut-ĂȘtre pas encore dĂ©veloppĂ©es Ă grande Ă©chelle, par manque de moyens, dâintĂ©rĂȘts Ă©conomiques ou de contexte favorable, mais elles ne relĂšvent plus vraiment de la science-fiction pure.
Câest probablement ce qui rend cette saison intĂ©ressante : elle ne met pas seulement en avant la robotisation de nos vies ou des gadgets futuristes. Elle questionne surtout des sujets trĂšs actuels : le couple, le dĂ©sir, les rĂ©seaux sociaux, lâaddiction aux Ă©crans, lâindustrie musicale, lâimage publique et notre rapport aux technologies.
Striking Vipers : dĂ©sir, couple et rĂ©alitĂ© virtuelle đź

Dans cet épisode, Danny mÚne une vie apparemment bien rangée : une femme, un enfant, une maison, un jardin, un quotidien stable. Karl, de son cÎté, semble vivre une existence plus libre, plus célibataire, plus tournée vers le plaisir immédiat.
Lorsque Karl offre Ă Danny une version remastĂ©risĂ©e en rĂ©alitĂ© virtuelle de leur ancien jeu vidĂ©o prĂ©fĂ©rĂ©, Striking Vipers, les deux amis se retrouvent dans une situation Ă©trange, intime et dĂ©routante. Ce qui devait ĂȘtre un simple retour nostalgique vers leur jeunesse prend rapidement une place beaucoup plus trouble dans leur vie rĂ©elle.
Cet Ă©pisode mâa vraiment mise mal Ă lâaise. Ce nâest pourtant pas le plus violent de Black Mirror, ni le plus choquant visuellement. Mais il touche Ă quelque chose de plus intime : le dĂ©sir, le couple, la routine, la frustration, lâamitiĂ©, le corps, le fantasme et les limites de la fidĂ©litĂ©.
En un sens, le principe de dĂ©part fait penser Ă un mĂ©lange improbable entre Jumanji, pour lâidĂ©e dâentrer dans un jeu, et Black Mirror : San Junipero, pour la question du virtuel comme espace dâexpĂ©rience Ă©motionnelle et corporelle.
Danny et Karl, deux vieux amis dont le lien semble sâĂȘtre un peu distendu avec le temps, se retrouvent dans un jeu de combat en rĂ©alitĂ© virtuelle. Le but officiel est simple : se battre. Mais lâinnovation technologique change tout. Leurs corps ressentent les coups, les sensations et les Ă©motions comme sâils Ă©taient rĂ©ellement dans cet univers.
à partir de là , le retour à la réalité devient beaucoup plus compliqué.
LâĂ©pisode montre trĂšs bien la maniĂšre dont le quotidien peut perdre de son intensitĂ© face Ă des stimulations virtuelles plus fortes, plus immĂ©diates, plus excitantes. La vie rĂ©elle paraĂźt soudain terne, rĂ©pĂ©titive, presque Ă©touffante, tandis que le jeu devient un espace dâĂ©vasion, de dĂ©sir et de libertĂ©.
Cela pose plusieurs questions assez vertigineuses.
Le bonheur peut-il rester durable lorsquâil devient trop familier ? Est-ce quâune personne peut ĂȘtre heureuse sans sâen rendre compte ? Le dĂ©sir pousse-t-il toujours Ă chercher autre chose, ailleurs, plus loin, plus fort ?
Le quotidien de Danny ressemble presque Ă une prison douce : rien nâest objectivement catastrophique, mais quelque chose semble sâĂȘtre figĂ©. Sa vie est stable, confortable, peut-ĂȘtre mĂȘme enviable de lâextĂ©rieur. Pourtant, cette stabilitĂ© ne suffit plus vraiment.
Câest lĂ que lâĂ©pisode devient intĂ©ressant. Il ne parle pas seulement de jeu vidĂ©o ou de rĂ©alitĂ© virtuelle. Il interroge aussi les espaces de fuite. Les personnes qui lisent beaucoup, qui sâattachent Ă des univers fictifs, qui trouvent refuge dans lâimaginaire ou les jeux vidĂ©o, connaissent peut-ĂȘtre dĂ©jĂ une part de cette sensation : quitter temporairement le rĂ©el pour vivre autre chose.
La diffĂ©rence, ici, câest que la frontiĂšre entre Ă©vasion, fantasme et expĂ©rience vĂ©cue devient beaucoup plus floue.
Partie avec spoilers â ïž
Attention je vais commencer les spoilers, si vous voulez lire sĂ©lectionner le texte dans le vide ci-dessous đ Sinon bon visionnage et un conseil : nâoubliez pas les rĂ©pliques dans le bar đ
Ă partir dâici, je parle plus prĂ©cisĂ©ment de lâĂ©pisode. Si vous ne lâavez pas encore vu, mieux vaut revenir aprĂšs le visionnage.
Ce qui mâa le plus dĂ©rangĂ©e dans Striking Vipers, câest la maniĂšre dont lâĂ©pisode questionne lâamour et ses limites.
Est-ce que lâamour est condamnĂ© Ă sâuser avec le quotidien ? Est-ce quâil disparaĂźt vraiment, ou est-ce quâil change simplement de forme ? Peut-il rester prĂ©sent mĂȘme lorsque le dĂ©sir se dĂ©place ailleurs ?
La relation entre Danny et Theo mâa beaucoup touchĂ©e, justement parce quâelle nâest pas caricaturale. Leur couple bat de lâaile, mais il ne semble pas totalement vide. Il reste de lâattachement, de la tendresse, une histoire commune, un enfant, une vie construite ensemble. En tant que spectatrice, il serait facile de juger Danny. Mais lâĂ©pisode montre aussi que la rĂ©alitĂ© affective peut ĂȘtre beaucoup plus complexe.
La relation entre Danny et Karl soulĂšve, elle aussi, beaucoup de questions.
Est-ce que le dĂ©sir naĂźt du corps ? De lâesprit ? De la situation ? Du rĂŽle jouĂ© ? De lâapparence de lâavatar ? Du fait dâĂȘtre ailleurs, autrement, sans les mĂȘmes contraintes ?
Jâaurais aimĂ© que lâĂ©pisode travaille davantage les questions dâidentitĂ© sexuelle, de bisexualitĂ© possible, de dĂ©sir queer ou de trouble face Ă ce qui est vĂ©cu dans le jeu. Le scĂ©nario effleure ces pistes, mais sans vraiment les approfondir. Câest Ă la fois frustrant et intĂ©ressant, parce que ce flou correspond aussi Ă lâincertitude des personnages.
Reste alors la grande question : oĂč commence la tromperie ?
Est-ce dans le corps ? Dans lâintention ? Dans le secret ? Dans le plaisir partagĂ© ? Dans lâinvestissement Ă©motionnel ? Dans le fait de chercher ailleurs ce qui manque dans le couple ?
LâĂ©pisode ne donne pas de rĂ©ponse simple, et câest peut-ĂȘtre ce qui le rend aussi malaisant. Il place les personnages dans une zone grise oĂč ni le virtuel ni le rĂ©el ne suffisent Ă expliquer ce qui se joue.
En fin de compte, Striking Vipers mâa moins marquĂ©e par sa technologie que par sa question centrale : quâest-ce que lâamour devient lorsque le dĂ©sir trouve un autre espace pour exister ?
Et surtout : que reste-t-il du couple quand une partie de soi commence Ă vivre ailleurs ?
LâĂ©pisode soulĂšve aussi, sans vraiment lâassumer jusquâau bout, la question de lâorientation sexuelle. Danny et Karl sont deux hommes, amis de longue date, qui vivent une expĂ©rience sexuelle dans un espace virtuel. Il serait pourtant trop simple de rĂ©sumer cela Ă une homosexualitĂ© cachĂ©e.
Ce que Striking Vipers met plutĂŽt en scĂšne, câest une zone trouble : le dĂ©sir vient-il de la personne, de lâavatar, du corps ressenti, du rĂŽle jouĂ©, de lâinterdit, de la nostalgie ou de la libertĂ© offerte par le virtuel ?
Jâaurais aimĂ© que lâĂ©pisode aille plus loin sur ces questions. Il effleure la bisexualitĂ© possible, le dĂ©sir queer et la confusion des personnages, mais sans vraiment leur donner les mots pour comprendre ce quâils vivent. Câest frustrant, parce que le sujet aurait mĂ©ritĂ© plus de profondeur.
En mĂȘme temps, ce flou fait aussi partie du malaise de lâĂ©pisode. Danny et Karl ne semblent pas seulement fuir leur quotidien : ils dĂ©couvrent une forme de dĂ©sir quâils ne savent pas nommer, ni placer dans leur vie rĂ©elle.
Smithereens : rĂ©seaux sociaux, culpabilitĂ© et perte de contrĂŽle đ±

Dans cet Ă©pisode, Chris, chauffeur VTC, prend en otage Jaden, un jeune employĂ© de Smithereen, une entreprise qui domine le monde des rĂ©seaux sociaux. Alors que ses motivations restent floues et que la police encercle la voiture, Chris formule une demande trĂšs prĂ©cise : parler directement au PDG de lâentreprise.
Ma toute premiĂšre impression a Ă©tĂ© assez mitigĂ©e. Sur le moment, je me suis dit : âbof, câest un peu long pour pas grand-choseâ. Je ne suis pas toujours la personne la plus patiente du monde, et jâavais presque envie dâaller directement Ă la fin pour comprendre oĂč lâĂ©pisode voulait en venir.
Et pourtant, petit Ă petit, quelque chose fonctionne.
Dâabord, les acteurs jouent vraiment trĂšs bien. Celui qui interprĂšte Chris est particuliĂšrement impressionnant. Sa maniĂšre de passer de la colĂšre Ă la panique, puis de la violence Ă une forme de dĂ©tresse presque insoutenable, rend le personnage difficile Ă regarder, mais impossible Ă ignorer.
Ensuite, lâĂ©pisode crĂ©e une tension trĂšs efficace. MĂȘme quand le rythme paraĂźt lent, lâenvie de comprendre reste prĂ©sente : pourquoi Chris fait-il cela ? Que veut-il vraiment ? JusquâoĂč la situation peut-elle dĂ©gĂ©nĂ©rer ?
Et surtout, le sujet touche quelque chose de trĂšs actuel. Lâemprise des rĂ©seaux sociaux grandit chaque jour, parfois de maniĂšre presque invisible. LâĂ©pisode montre Ă quel point certaines plateformes peuvent connaĂźtre nos vies, nos habitudes, nos donnĂ©es et nos comportements avec une prĂ©cision effrayante.
Ce qui mâa le plus marquĂ©e, câest le dĂ©sĂ©quilibre de pouvoir. La police, le gouvernement et mĂȘme le FBI semblent moins informĂ©s, moins rapides et moins efficaces que lâentreprise elle-mĂȘme. Smithereen sait tout, ou presque. Les institutions tĂątonnent pendant que la plateforme accĂšde Ă des informations personnelles en quelques secondes.
Câest glaçant.
Il y a aussi quelque chose de trĂšs triste dans la maniĂšre dont lâĂ©pisode montre les trajets en voiture. Chris observe des passager.Ăšre.s absorbĂ©.e.s par leur tĂ©lĂ©phone, enfermĂ©.e.s dans leurs Ă©crans, parfois incapables de lever les yeux. Ce nâest pas seulement une critique individuelle : câest aussi une maniĂšre de montrer Ă quel point certains usages numĂ©riques ont envahi les gestes les plus ordinaires.
LâĂ©pisode mâa fait penser Ă la surveillance numĂ©rique, aux donnĂ©es personnelles, aux plateformes qui savent Ă©normĂ©ment de choses sur nous, parfois plus que nos proches ou les institutions censĂ©es nous protĂ©ger, et au film Snowden. Il y a un cĂŽtĂ© assez paranoĂŻaque, presque façon lanceur dâalerte, mais ce malaise fonctionne justement parce quâil nâest pas si Ă©loignĂ© de la rĂ©alitĂ©.
Enfin, le message autour de la prĂ©vention routiĂšre aurait pu ĂȘtre trĂšs moralisateur. Pourtant, il reste puissant, parce quâil passe par la culpabilitĂ©, le deuil et lâobsession de Chris plutĂŽt que par une simple leçon de conduite.
Partie avec spoilers â ïž
Ă partir dâici, je parle plus prĂ©cisĂ©ment de lâĂ©pisode. Si vous ne lâavez pas encore vu, mieux vaut revenir aprĂšs le visionnage.
Ce qui frappe le plus dans Smithereens, câest la disproportion entre le geste qui a provoquĂ© lâaccident et ses consĂ©quences. Chris a perdu sa compagne parce quâil a dĂ©tournĂ© les yeux de la route pour une notification. Un simple like, une seconde dâinattention, et une vie entiĂšre bascule.
Câest absurde, terrible, presque insupportable.
LâĂ©pisode montre trĂšs bien le poids de la culpabilitĂ©. Chris ne cherche pas vraiment Ă se dĂ©fendre. Il ne veut pas ĂȘtre pardonnĂ©. Il veut que quelquâun, quelque part, entende ce que cette addiction aux notifications a dĂ©truit dans sa vie.
La scĂšne du « God mode » est aussi trĂšs intĂ©ressante. Elle montre brutalement que la connaissance est une forme de pouvoir. Pendant que la police manque dâinformations, lâentreprise rassemble des donnĂ©es personnelles, des habitudes, des liens et des Ă©lĂ©ments de contexte Ă une vitesse inquiĂ©tante. Ce nâest pas seulement de la technologie : câest une hiĂ©rarchie du pouvoir.
La fin est particuliĂšrement frustrante, parce quâelle ne dit pas clairement qui meurt. Mais cette absence de rĂ©ponse a du sens. Elle Ă©vite de transformer lâĂ©pisode en simple suspense final. Ce qui compte, ce nâest pas seulement le coup de feu. Câest tout ce qui a menĂ© Ă cette situation : lâaddiction, la culpabilitĂ©, le deuil, la surveillance, la panique policiĂšre, la mĂ©diatisation et la perte totale de contrĂŽle.
Jâai aussi trouvĂ© intĂ©ressant de dĂ©velopper, malgrĂ© moi, une forme dâempathie inconfortable pour Chris. Il commet un acte grave, il met une personne innocente en danger, et rien ne lâexcuse. Mais sa dĂ©tresse reste comprĂ©hensible. Sa haine de lui-mĂȘme, sa colĂšre contre le monde et son besoin dĂ©sespĂ©rĂ© dâĂȘtre entendu crĂ©ent un malaise trĂšs fort.
Câest lĂ que lâĂ©pisode devient vraiment efficace : il ne demande pas dâapprouver Chris, mais il oblige Ă regarder sa douleur en face.
La toute fin mâa aussi marquĂ©e. Des personnes reçoivent une notification, regardent leur tĂ©lĂ©phone, puis reprennent leur vie. Lâinformation devient un contenu parmi dâautres. Une tragĂ©die surgit sur un Ă©cran, provoque peut-ĂȘtre une rĂ©action dâune seconde, puis disparaĂźt dans le flux.
Câest peut-ĂȘtre lâun des passages les plus noirs de lâĂ©pisode.
Les personnes qui filment la scĂšne depuis le dĂ©but participent aussi Ă ce malaise. Elles ressemblent Ă des tĂ©moins fascinĂ©s par le drame, presque Ă la recherche du dernier scoop. LâĂ©vĂ©nement devient un spectacle, avant mĂȘme dâĂȘtre compris.
Cet Ă©pisode mâa finalement fait penser Ă lâimportance de relever la tĂȘte. Marcher dehors sans regarder son tĂ©lĂ©phone. Se dĂ©connecter. Retrouver un rapport plus direct au monde, aux autres, Ă la rue, au silence, aux trajets, aux dĂ©tails.
Quand le tĂ©lĂ©phone disparaĂźt, mĂȘme temporairement, quelque chose change dans la maniĂšre dâhabiter le rĂ©el.
Et câest peut-ĂȘtre lĂ que Smithereens touche juste : il ne dit pas seulement que les rĂ©seaux sociaux sont dangereux. Il montre surtout Ă quel point ils peuvent capter notre attention, modifier nos rĂ©flexes, aspirer nos Ă©motions et transformer une simple notification en point de bascule
Rachel, Jack and Ashley Too : pop star, IA et exploitation artistique đ€

Dans cet Ă©pisode, Ashley O fait la promotion dâun petit robot Ă son effigie, créé par son Ă©quipe marketing et supervisĂ© par sa tante et manager, Catherine. Rachel, grande admiratrice de la chanteuse, se procure rapidement cette poupĂ©e connectĂ©e. Sa sĆur Jack, beaucoup plus mĂ©fiante, voit dâun mauvais Ćil cette nouvelle prĂ©sence technologique dans leur quotidien.
Mais Ashley Too nâest pas un simple objet promotionnel. La poupĂ©e est intimement liĂ©e Ă la pop star dont elle reprend lâimage, la voix et une partie de la personnalitĂ©.
Cet Ă©pisode est assez inhabituel pour Black Mirror. Il donne presque lâimpression de viser un public diffĂ©rent, plus adolescent, avec une intrigue plus colorĂ©e, plus pop et plus proche du teen movie que du cauchemar technologique habituel.
Je reste donc partagée.
Dâun cĂŽtĂ©, lâhistoire est touchante, inquiĂ©tante, et elle semble entrer en rĂ©sonance avec certaines images publiques associĂ©es Ă Miley Cyrus : lâancienne idole adolescente, la pression mĂ©diatique, la transformation artistique, le contrĂŽle de lâindustrie musicale et la difficultĂ© dâexister autrement que comme un produit rentable.
De lâautre, lâĂ©pisode ne correspond pas totalement Ă lâimage que je me fais de Black Mirror. Il est moins sombre, moins implacable, parfois plus prĂ©visible, et son dĂ©nouement paraĂźt beaucoup plus lĂ©ger que dans dâautres Ă©pisodes de la sĂ©rie.
Pourtant, le fond reste intéressant.
LâĂ©pisode met en parallĂšle deux formes dâenfermement. Dâun cĂŽtĂ©, Rachel est une adolescente perdue, qui vient dâemmĂ©nager dans une nouvelle ville, manque de confiance en elle et cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment une prĂ©sence rassurante. De lâautre, Ashley O est une artiste enfermĂ©e dans une image fabriquĂ©e, exploitĂ©e par une industrie qui prĂ©fĂšre vendre une version lisse, rentable et joyeuse dâelle-mĂȘme plutĂŽt que dâĂ©couter sa souffrance.
La critique de la sociĂ©tĂ© capitaliste est assez claire : il faut produire, vendre, sourire, performer, rassurer les fans et rentabiliser lâimage dâune artiste, mĂȘme lorsque sa santĂ© mentale vacille.
La surconsommation ne fait pas seulement polluer. Elle exploite aussi des corps, des émotions, des imaginaires et des identités.
Jâaurais toutefois aimĂ© que le scĂ©nario articule mieux les deux histoires. Le malaise de Rachel, sa relation avec Jack, leur deuil familial et la solitude adolescente auraient pu ĂȘtre davantage dĂ©veloppĂ©s. Par moments, lâĂ©pisode donne lâimpression de mĂ©langer deux rĂ©cits : une histoire dâadolescente en manque de repĂšres et une satire de lâindustrie musicale dopĂ©e Ă lâintelligence artificielle.
Le résultat est parfois touchant, parfois trop facile.
Ashley Too, la poupĂ©e connectĂ©e, fonctionne comme une pĂąle imitation du lien rĂ©el. Elle vend une illusion de proximitĂ© avec une star. Elle promet une amie toujours disponible, toujours encourageante, toujours adaptĂ©e. Mais cette prĂ©sence artificielle repose sur une logique trĂšs inquiĂ©tante : crĂ©er un produit Ă©motionnellement attachant, capable de sâintĂ©grer dans la solitude des jeunes fans.
Ce qui me dĂ©range, ce nâest pas que Rachel sâattache Ă cette IA. Au contraire, câest comprĂ©hensible. Ce qui me dĂ©range, câest le systĂšme qui exploite ce besoin dâattention, dâamour et de reconnaissance.
La personnalitĂ© devient alors quelque chose que lâon peut copier, lisser, vendre et multiplier. LâĂ©pisode montre trĂšs bien cette logique de standardisation : il ne sâagit plus seulement dâadmirer une artiste, mais de consommer une version contrĂŽlĂ©e, simplifiĂ©e et commercialisable de son image.
Et franchement, aprĂšs cet Ă©pisode, les jouets connectĂ©s pour enfants ne se regardent plus exactement de la mĂȘme maniĂšre.


Partie avec spoilers â ïž
Ă partir dâici, je parle plus prĂ©cisĂ©ment de lâĂ©pisode. Si vous ne lâavez pas encore vu, mieux vaut revenir aprĂšs le visionnage.
La partie la plus glaçante reste Ă©videmment ce que Catherine fait subir Ă Ashley. Mettre sa niĂšce dans le coma pour contrĂŽler sa carriĂšre, exploiter sa crĂ©ativitĂ© et rĂ©cupĂ©rer de nouvelles chansons, câest Ă la fois Ă©norme, grotesque, et pourtant assez cohĂ©rent avec la logique de lâĂ©pisode : lâartiste nâest plus une personne, mais une ressource.
La machine qui permet de lire ses rĂȘves ajoute une couche supplĂ©mentaire au malaise. MĂȘme lâimaginaire dâAshley est exploitĂ©. MĂȘme son inconscient devient une matiĂšre premiĂšre. Les mĂ©dicaments, le contrĂŽle mĂ©dical, la technologie et le marketing finissent par produire la mĂȘme chose : une crĂ©ativitĂ© empĂȘchĂ©e, puis rĂ©cupĂ©rĂ©e de force.
LâĂ©pisode critique aussi le business autour des chansons, albums ou Ćuvres publiĂ©es aprĂšs la disparition dâun.e artiste. Il interroge la frontiĂšre entre hommage, exploitation commerciale et rĂ©cupĂ©ration dâune image qui ne peut plus se dĂ©fendre.
Rachel mâa mise mal Ă lâaise pendant une bonne partie de lâĂ©pisode, mais je ne veux pas lui jeter la pierre. Elle est jeune, vulnĂ©rable, endeuillĂ©e, isolĂ©e, et elle manque de recul sur ce qui lui arrive. Ce quâelle cherche, ce nâest pas seulement une idole : câest de lâattention, de la confiance, une prĂ©sence capable de lui dire quâelle peut exister.
Le plus triste, câest que ce soutien lui soit vendu par une IA conçue pour crĂ©er de lâattachement.
Le passage autour de lâutilisation dâune toute petite partie du cerveau mâa davantage bloquĂ©e. Câest un vieux mythe pseudo-scientifique, et il mâa sortie de lâĂ©pisode. Jâai eu des cours de physiologie animale, dĂ©solĂ©e, ce genre de dĂ©tail me saute aux yeux. ^^
Jâai aussi pensĂ© Ă cette idĂ©e souvent Ă©voquĂ©e par des artistes : la relation aux fans peut ĂȘtre Ă©trange, intense, parfois dĂ©sĂ©quilibrĂ©e. Sur scĂšne, une star peut donner Ă©normĂ©ment Ă des milliers de personnes, tout en se sentant mal Ă lâaise dans une relation individuelle avec un.e fan. LâĂ©pisode joue justement sur ce paradoxe : les fans ont lâimpression de connaĂźtre Ashley, mais cette proximitĂ© est construite, vendue et contrĂŽlĂ©e.
En revanche, la fin mâa semblĂ© beaucoup trop facile. Deux adolescentes qui parviennent Ă entrer aussi simplement dans la propriĂ©tĂ© dâune grande star, Ă berner la sĂ©curitĂ© et Ă sauver la situation, câest franchement peu crĂ©dible. Dans une vraie villa de cĂ©lĂ©britĂ©, avec une Ă©quipe de sĂ©curitĂ© et des camĂ©ras partout, cela paraĂźt difficile Ă avaler.
Le happy end est aussi surprenant pour Black Mirror. La sĂ©rie nous habitue davantage aux fins cruelles, ambiguĂ«s ou dĂ©sespĂ©rantes. Ici, le dĂ©nouement ressemble presque Ă une libĂ©ration pop-rock un peu cathartique. Ce nâest pas dĂ©sagrĂ©able, et la rĂ©fĂ©rence Ă « Wrecking Ball » mâa fait sourire, mais cela reste assez loin du malaise habituel de la sĂ©rie.
Petit rajout : je ne suis pas vraiment dâaccord avec les articles affirmant que Miley Cyrus a « sauvĂ© » la saison 5 de Black Mirror. Sa prĂ©sence fonctionne, et son rĂŽle apporte quelque chose dâintĂ©ressant, mais lâĂ©pisode nâefface pas les limites de cette saison.
Bilan : une saison moins choc, mais pas sans intĂ©rĂȘt đ
Cette saison 5 mâa laissĂ©e mitigĂ©e.
Elle est moins marquante que certaines saisons prĂ©cĂ©dentes, moins brutale, moins vertigineuse peut-ĂȘtre. Pourtant, elle soulĂšve des questions intĂ©ressantes : le couple, le dĂ©sir virtuel, lâemprise des rĂ©seaux sociaux, la culpabilitĂ©, lâexploitation artistique, lâIA, la solitude et la difficultĂ© de rester soi-mĂȘme dans un monde saturĂ© dâĂ©crans, dâimages et de performances.
Jâaurais aimĂ© des Ă©pisodes plus poussĂ©s, plus sombres, parfois plus courageux dans leurs thĂ©matiques. Mais cette saison reste suffisamment riche pour ouvrir la discussion.
Il y aurait encore beaucoup de choses Ă dire, notamment sur les trois Ă©pisodes. NâhĂ©sitez pas Ă venir en dĂ©battre en commentaire, ce serait super intĂ©ressant. đ
J’ai aimĂ© cette derniĂšre saison de Black Mirror mais les Ă©pisodes m’ont moins marquĂ© que d’autres. Je suis pas déçue de ses Ă©pisodes, loin de lĂ , mais le fait de nous retrouver avec seulement 3 Ă©pisodes pour une saison et voir qu’aucun n’a Ă©tĂ© trĂšs « innovant » pour moi ou pas trĂšs dĂ©veloppĂ© (surtout le premier Ă©pisode) je me retrouve avec une petite insatisfaction.
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Totalement d’accord avec toi. Bon, j’aime beaucoup le premier Ă©pisode, mais il ne fait pas non plus trĂšs Black Mirror.
AprĂšs, je crois qu’ils n’ont « pas eu le temps » de faire quelque chose de plus travaillĂ© aprĂšs l’Ă©pisode interactif⊠C’est vraiment dommage.
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