essai, Récit de vie, témoignage

Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie

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« Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement. »

Chimamanda Ngozi Adichie aborde le sujet controversé du féminisme avec lucidité, éloquence et humour.

Ce court essai aborde plusieurs sujets liés au sexisme ordinaire, aux stéréotypes de genre, aux inégalités entre femmes et hommes, au viol conjugal, au poids des normes sociales, ainsi qu’aux discriminations vécues par les femmes noires, notamment entre le Nigéria et les États-Unis.

Cette édition réunit deux textes de Chimamanda Ngozi Adichie : Nous sommes tous des féministes et Les Marieuses.

Dans Nous sommes tous des féministes, l’autrice interroge la notion de féminisme, la manière dont ce mot est perçu au Nigéria, ainsi que la place qu’il a prise dans sa propre vie. À partir d’expériences personnelles et d’exemples très concrets, elle aborde le sexisme ordinaire, les stéréotypes de genre, l’éducation des filles et des garçons, mais aussi la difficulté de se dire féministe dans une société où ce mot reste souvent caricaturé.

Dans Les Marieuses, le propos se prolonge à travers une nouvelle de fiction. Le texte suit une jeune femme nigériane mariée à un homme installé aux États-Unis. À travers son histoire, Chimamanda Ngozi Adichie aborde d’autres formes de domination : le poids du mariage, la solitude de l’exil, la dépendance envers le mari, l’injonction à être une « bonne épouse » et la manière dont une femme peut être déplacée, renommée ou redéfinie par les attentes des autres.

De nombreux sujets liés au sexisme ordinaire sont donc abordés, entre le Nigéria et les États-Unis : la manière dont une femme doit s’habiller, s’occuper de son mari, accepter le « devoir conjugal », étudier, travailler, gagner sa vie, payer (ou non) au restaurant, mais aussi la vie aux États-Unis pour une femme noire, le viol conjugal, la liberté et le rapport au corps.

Ce que j’ai trouvé particulièrement fort, c’est que l’autrice rend le féminisme très accessible. Elle ne part pas de grandes théories abstraites : elle montre comment les inégalités se glissent dans les gestes du quotidien, dans les phrases que l’on répète, dans l’éducation, dans le couple, dans la famille et dans le regard porté sur les femmes.

Son féminisme est aussi situé : il se nourrit de son expérience de femme nigériane, de son rapport aux États-Unis, du racisme, des normes sociales et des attentes très concrètes qui pèsent sur les femmes.

L’autrice rappelle enfin que le mot « féminisme » ne devrait pas être une insulte, ni un mot à prononcer en grimaçant. Il désigne un combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi, plus largement, pour un monde plus juste, où personne ne serait enfermé.e dans un rôle imposé par son genre.

Cette définition permet de poser une base, mais elle reste assez institutionnelle et centrée sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Aujourd’hui, je comprends aussi le féminisme comme une lutte contre les rapports de domination liés au genre. Il ne s’agit pas d’opposer les femmes aux hommes, mais de questionner un système qui attribue des rôles, des droits, des libertés et des violences différentes selon le genre assigné ou vécu.

Le féminisme vise donc l’émancipation des femmes, mais il permet aussi d’interroger plus largement les normes qui enferment : les injonctions faites aux femmes, les violences sexistes et sexuelles, les attentes pesant sur les hommes, ainsi que les discriminations vécues par les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées, précaires ou en situation de handicap. Pour moi, c’est surtout une manière de chercher un monde plus juste, où chaque personne pourrait exister sans être réduite à ce que la société attend de son genre.

Le terme ‘féministe’ est chargé de connotations négatives.

On déteste les hommes, on déteste les soutiens-gorge, on déteste la culture africaine, on estime que les femmes devraient toujours être aux manettes, on ne se maquille pas, on ne s’épile pas, on est toujours en colère, on n’a aucun sens de l’humour, on ne met pas de déodorant.

C’est une lecture mémorable. Un petit livre indispensable, vraiment. Vraiment vraiment. Surtout qu’il coûte seulement 2 € et qu’il se trouve facilement en librairie, en bibliothèque ou d’occasion. Bref : aucune excuse pour ne pas au moins y jeter un œil ! ✋

Ce livre est percutant parce qu’il met rapidement le doigt sur de nombreuses inégalités que la société préfère parfois rendre invisibles. Personne ne devrait être réduit.e, limité.e ou dévalorisé.e à cause de son genre. Pourtant, certains comportements, certaines attentes et certaines injustices sont tellement ancrés dans le quotidien qu’ils finissent par sembler « normaux ». C’est précisément pour cela que ce texte est important : il aide à mettre des mots sur ce qui dérange, sur ce qui blesse, sur ce qui enferme.

Et malgré tout, ce livre ne donne pas seulement envie de râler contre le monde. Il rappelle aussi que le changement est possible. Il y a encore de l’espoir, à condition d’écouter, de comprendre, de remettre en question ce qui paraît évident et de transmettre ces idées autour de soi.

Je pense que ce texte peut autant parler aux personnes qui s’intéressent déjà au féminisme qu’aux personnes encore peu sensibilisées à ces questions. Il a le mérite d’être court, clair, accessible et très concret.

Vous imaginez à quel point nous serions plus heureux et plus libres à être nous-même, sans le poids des conventions.

Ce livre peut être une très bonne première lecture pour aborder le féminisme, mais il gagne aussi à être complété par d’autres voix et d’autres expériences. Les féminismes sont multiples : certains interrogent davantage le racisme, la classe sociale, la colonialité, la transidentité, le handicap, la précarité ou encore les violences sexistes et sexuelles. C’est aussi ce qui rend ces réflexions si importantes : elles évoluent, se discutent et permettent de mieux comprendre le monde.

Je suis en colère. Nous devrions tous être en colère. L’histoire de la colère comme matrice d’un changement positif est longue. Outre la colère, je ressens de l’espoir, parce que je crois profondément en la perfectibilité de l’être humain.

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