Polar, policier, thriller

Yeruldelgger – Ce que je n’avais pas su dire à l’époque

Après de nombreuses années de réflexion, nourries notamment par #MeToo, par les discours féministes, par des événements personnels et par tout ce que ces sujets ont fini par faire remonter, mon regard sur cette lecture a beaucoup changé.

Je crois que j’ai adoré le voyage en Mongolie parce que j’aime profondément voyager, découvrir d’autres cultures, imaginer des paysages lointains, écouter une musique, une langue, une histoire. Il existe tout un imaginaire autour de ce pays qui m’a fascinée à la lecture : les steppes, les traditions, les tensions entre modernité et héritages nomades, les paysages, les sons, les visages. Cette part-là de ma lecture reste vraie.

Mais je ressens aujourd’hui un profond malaise à l’idée d’avoir apprécié, plus jeune, un roman contenant des scènes de viol aussi violentes. Je ne me souviens pas précisément des scènes, mais je me souviens des mots. Et je me rappelle surtout ma manière de lire ce genre de passages : comme souvent face à des scènes trop violentes ou trop sanglantes, j’avais tendance à sauter des lignes, à lire sans vraiment lire, à passer au-dessus tout en comprenant très bien ce qui était écrit.

Avec le recul, cela ressemble à une forme de mise à distance. Je ne sais pas exactement quel mot employer, ni si l’on peut parler de dissociation dans le cadre d’une lecture, mais je reconnais ce réflexe : ne pas regarder complètement, ne pas laisser entrer complètement, avancer malgré le dégoût.

Ce qui me met aussi en colère aujourd’hui, c’est la facilité avec laquelle des violences sexuelles peuvent être utilisées dans un thriller. Peut-être que le roman cherche à dénoncer une violence réelle. Mais écrire ces scènes, les mettre en scène, en faire un ressort de noirceur ou de tension narrative, n’est jamais neutre. Quand un homme écrit une femme dans cette position, avec cette violence-là, quelque chose me dérange profondément.

J’ai de plus en plus de mal avec l’idée que ces violences soient racontées comme si elles faisaient simplement partie du décor sombre d’un roman. Comme si violer, abîmer, humilier des femmes était un passage presque banal pour montrer que le monde est cruel. À mes yeux, cela ne sert pas forcément la cause des femmes. Cela peut aussi participer à banaliser cette violence.

Alors oui, j’ai aimé le voyage littéraire, l’atmosphère, la découverte d’un pays et d’un imaginaire. Mais aujourd’hui, je ne peux plus parler de ce livre sans parler aussi de ce malaise. Mon avis garde donc cette contradiction : fascination pour l’univers, rejet profond de la manière dont certaines violences faites aux femmes sont utilisées dans le récit.

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