
Résumé 🦌
Dix années se sont écoulées depuis la mystérieuse pandémie qui frappa la Terre et décima la quasi-totalité de la population. De celle-ci, naquit une nouvelle espèce : mi-homme mi-animale. Gus fait partie de ces enfants hybrides dont on ignore tout, livré à lui-même depuis la mort de son père. Au cours de son voyage à travers une Amérique dévastée, Gus croisera la route de Jepperd, homme massif et taciturne avec qui il se met en quête d’un refuge spécialisé. Mais sur leur route, les chasseurs sont nombreux.
Avertissement de contenu :
Ce comics aborde un univers post-apocalyptique marqué par une pandémie, la mort d’un parent, le deuil, la violence, la chasse aux enfants hybrides et des expérimentations scientifiques inquiétantes.
Une intrigue entraînante 🌿
La première planche plonge dans l’univers de Gus, un curieux personnage mi-homme, mi-cerf, âgé de neuf printemps. C’est un enfant profondément innocent. Il vit seul avec son père dans les bois du Nebraska, avec pour seule règle de ne jamais les quitter. Mais son père meurt. Gus est alors ravagé par de terribles cauchemars. Lorsqu’il ferme les yeux, il voit le visage du Costaud. Mais qui est cet homme ? Quel est son rôle dans cette histoire ? Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Et surtout : quand leurs chemins finiront-ils par se croiser ? Autant de questions qui donnent immédiatement envie de poursuivre.

Concernant les personnages 🍫
Le personnage principal, Gus, est celui qui paraît le plus sensible. Son père l’a préservé du monde des humains, et il vit dans l’ignorance de ce qui existe « au-dehors ». La seule chose qu’il sait, c’est que son statut d’hybride est lié à la mystérieuse pandémie. Quand son père décède, il se retrouve livré à lui-même. Se révèle alors un personnage naïf et peu réfléchi, mais doté d’un grand cœur. Gus est profondément gentil et attachant (et il aime le chocolat). C’est pour ça qu’il est si facile de l’aimer ! Mais ce qui rend Gus si touchant, ce n’est pas seulement sa gentillesse : c’est le contraste entre son innocence et la violence du monde dans lequel il est projeté. Il découvre les humains presque comme une menace, alors qu’il a été élevé à l’écart d’eux. Les bois ne sont pas seulement un décor : ils représentent le seul monde que Gus connaît. Ils sont à la fois un refuge, une prison et une frontière. Les quitter, c’est entrer dans un monde humain beaucoup plus violent, mais aussi commencer à comprendre ce qui lui a été caché.
Jepperd est tout l’opposé. Personnage brut et imposant, il rappelle à la fois les méchants des dessins animés et les durs au grand cœur. Son caractère mystérieux et ses actes dangereux interrogent… Mais que prépare l’auteur ? La relation entre Gus et Jepperd fonctionne parce qu’elle reste incertaine. Jepperd peut apparaître comme une figure protectrice, presque paternelle, mais ses actes gardent quelque chose d’inquiétant. Le récit joue beaucoup sur cette hésitation : faut-il lui faire confiance ?
Un décor superbe ! 🌲
Tout au long du livre, l’auteur en fait voir de toutes les couleurs ! Du fin fond des forêts du Nebraska jusqu’à la réserve, les dessins deviennent de plus en plus riches. Malgré un trait brut, le crayon de Lemire révèle un univers riche et fascinant. Il rend ses personnages très expressifs. Même si je ne suis pas une grande fan des bagarres et du sang qui gicle, les scènes sont très réussies. De nombreux détails enrichissent aussi la lecture : lors des flash-backs, les couleurs deviennent plus froides et les images plus floues, comme dans les souvenirs. De retour dans le présent, le personnage traverse les mêmes endroits que dans le passé. J’ai trouvé la mise en scène impressionnante !

Un récit riche en références 🤓
Des références bibliques – La première chose qui m’a frappée en lisant, c’est l‘attitude du père de Gus qui, dans sa folie, se révèle être une sorte de « prophète ». C’est lui qui énonce les cinq règles que Gus doit appliquer, et qui font penser à des commandements. Ensuite, le père ne cesse de converser avec Dieu et de l’invoquer dans chacune de ses actions. Sa vie semble se résumer à l’existence de son fils et à sa dévotion. La préface de Michael Sheen va également dans ce sens. Il écrit : « Quitter les bois est un péché. C’est désobéir à Dieu et, comme Adam, cette erreur doit être payée. Mais c’est seulement en désobéissant à Dieu que l’homme a entamé son long périple vers la conscience de lui. Et, avec la conscience, est venue connaissance, puis avec la connaissance, le début de l’arrogance. Les Grecs appelaient ça l’hubris. Un orgueil démesuré, punissable par les Dieux.» Une question se pose aussi : et si le père avait créé la maladie pour « nettoyer » le vice des hommes...
Un côté The Walking Dead – J’ai trouvé le contraste entre les bois et le monde des humains très intéressant. Gus quitte la douceur de la nature pour un monde plus sombre, rempli d’horreur. Son changement d’environnement et la trame post-apocalyptique rappellent le début de la série The Walking Dead, avec Rick qui découvre les restes de son monde avant de partir à cheval vers ce qui reste de la « civilisation ». Reste alors à se demander si Gus rejoindra un groupe de rescapés et si leur situation restera viable à la longue…
L’intervention de Walt Disney – Quand Gus ne rêve pas du Costaud… il rêve de Bambi ! (Ou Dandy, comme il le nomme.) Cette apparition m’a rappelé la cassette de mon enfance… La mort de la mère du faon le pousse à fuir sa forêt natale. En chemin, il se fait des amis comme Gueule Sucrée. Par ailleurs, un bon Disney est toujours porteur d’une morale ou de quelques recommandations... Tout comme Dandy…

Mon avis 😊
La couverture m’a tout de suite plu ! Quoi de mieux qu’un gamin aux airs de Pinocchio, amoureux de chocolat et de carreaux écossais ? Je trouve cette histoire de gamin mi-humain, mi-animal fascinante. J’ai vraiment eu envie de savoir ce qui est à l’origine de la pandémie, mais aussi à mieux connaître les personnages. Que ce cachent-ils véritablement dans leur cœur ? Tout au long de l’ouvrage, les certitudes sont malmenées : un personnage peut sembler gentil, avant de révéler, quelques épisodes plus tard, un visage bien différent. L’intrigue tient en haleine !
Cependant, même si Jeff Lemire maîtrise à merveille le registre post-apocalyptique, j’ai trouvé ce ressort déjà vu, revu et rerevu ces derniers temps. Avec La 5e vague de Rick Yancey, il est aussi question d’une pandémie ; dans la saga Les Insoumis, écrite par Alexandra Bracken, une pandémie qui modifie également les enfants… Bref.
Petits plus 👌
La série aborde divers thèmes liés au parcours de Gus, et que je trouve intéressants à signaler : le pouvoir de l’amitié, l’influence des autres sur soi, le mal que l’humain fait à la nature… Une critique se dessine aussi envers les scientifiques qui se permettent tout un tas d’expériences douteuses, ainsi qu’envers le pouvoir destructeur de l’humain.
Le récit interroge aussi la manière dont les humains traitent ce qu’ils ne comprennent pas. Les enfants hybrides sont regardés comme des anomalies, des menaces ou des objets d’étude, plutôt que comme des êtres vulnérables à protéger.
Le comics offre aussi de très belles ébauches et croquis de l’auteur, ainsi que ses annotations ! C’est très chouette !
