
Résumé 🌊
Études brillantes, famille convenable et convenue, beauté radieuse et maîtrise du surf, Thadée et Zachée ont cru que l’été serait sans fin. Que la vie se passerait à chevaucher les vagues, entre jaillissements d’embruns et poudroiements de lumière. Mais en mutilant sauvagement Thadée un requin-bouledogue le prive de l’existence heureuse auquel il semblait voué : il est devenu un infirme. La bonne santé des uns, la sollicitude des autres le poussent à bout. Et le révèlent à lui-même…
« Je l’ai aimé. Comme je l’ai aimé, lui, ça non plus, je ne le retrouverais jamais, cet amour inconditionnel et pur qui me liait à mon aîné. Personne jamais ne m’inspirera autant d’admiration autant de volonté éperdue d’imitation et de dévouement. Il a été mon dieu- et pourquoi il ne l’aurait pas été, je connais peu de gens qui n’aient pas été fascinés par Thadée avant son accident »
Un roman sombre et dérangeant ⚠️
Cette chronique évoque un roman sombre contenant des violences physiques, un accident mutilant, des rapports de domination, de la manipulation, de la jalousie, de la vengeance, des dynamiques familiales toxiques, ainsi que des éléments liés aux violences sexuelles, au consentement et au traumatisme.
Derrière les apparences d’un été parfait ☀️
Ils semblaient avoir tout pour eux. Beaux, populaires, sportifs, brillants, appréciés de leur entourage, ils incarnaient cette image de réussite que beaucoup admirent. Deux frères que l’on imagine promis à un avenir radieux, dans un cadre qui ressemble presque à une carte postale.
Mais un événement lié au surf va faire basculer cet équilibre apparent et fissurer peu à peu l’image parfaite de cette famille.
Car les apparences sont souvent trompeuses. Il ne faut pas se fier à la douceur de la couverture ni aux premières pages du roman. Les Garçons de l’été est un récit sombre, traversé par la violence, les désillusions, les secrets, les jalousies, la colère et les rapports de domination.
Au fil des pages, Rebecca Lighieri explore les failles de ses personnages et révèle progressivement ce qui se cache derrière les façades les plus lisses.
« Alors voilà, d’une certaine façon, je suis jeune, bien sûr. Mais la vraie jeunesse, qui comporte forcément une part d’innocence ou d’inconscience heureuse, cette jeunesse-là m’a quitté pour toujours. Il se peut même qu’elle ait pris fin le jour où un requin a arraché la jambe de mon frère dans les eaux agitées de l’océan Indien, en ce jour qui avait si bien commencé et qui devait si mal finir. Mais c’est sans doute le cas de tous les jours de malheur : ils commencent comme tous les autres, on se lève comme d’habitude, on ne pressent rien, on s’avance vers le drame le cœur léger. »
Une famille sous tension 🖤
Dans la famille Chastaing, il y a Mylène, la mère, aussi appelée Mi (même par ses enfants !), Jérôme, le père, et leurs trois enfants : Thadée, l’aîné, Zachée, le cadet, et Ysé, la petite sœur.
Mais le plus important est peut-être de comprendre la place que Mylène accorde à ses deux fils. Elle les admire, les idéalise, les place presque sur un piédestal. Thadée, en particulier, semble occuper une place à part dans son regard.
Au départ, le portrait peut sembler assez simple : une famille bourgeoise, soudée en apparence, avec ses préférences, ses habitudes et ses angles morts. Mais l’accident vient fissurer cette image idéale. Peu à peu, les tensions remontent, les équilibres se déplacent, et ce qui semblait solide commence à se décomposer.
Chaque épreuve transforme les personnages. Certaines les abîment, d’autres les détruisent. Ou bien les révèlent-elles au grand jour ?
La Chute de Phaeton de Paul Rubens
Une richesse narrative marquante 📚
C’est l’une des choses qui m’a le plus étonnée avec ce livre : sa richesse. Rebecca Lighieri semble avoir beaucoup documenté son histoire. Le roman plonge dans l’univers du surf (bon.. parfois avec un niveau de précision presque trop poussé pour moi !), mais il voyage aussi entre les Landes, le massif des Bornes en Haute-Savoie 💚, et La Réunion, entre terres, côtes et océans.
…
Cette richesse ne vient pas seulement du décor. Elle se retrouve surtout dans la construction des personnages. Chacun.e possède une personnalité propre, des failles, des ambitions, des contradictions et une manière particulière de percevoir les événements. Les points de vue multiples permettent alors de découvrir la même histoire sous différents angles, sans que cela devienne répétitif.
Chaque chapitre donne accès à une autre voix, à une autre version du réel, à une autre manière de ressentir ce qui se joue dans cette famille. C’est ce qui rend le récit si prenant : le roman ne montre pas seulement les faits, il montre aussi la façon dont chaque personnage les interprète, les déforme, les justifie ou les subit.
J’ai aussi beaucoup aimé le travail sur la langue. Selon la personne qui parle, le texte change : le vocabulaire peut devenir plus riche, plus familier, plus calme, plus nerveux. Dans le fond comme dans la forme, les mots transmettent très bien les émotions, les tensions et les impressions de chaque personnage.
C’est une narration fluide, rythmée et très complète, qui donne parfois l’impression d’entrer dans les pensées les plus intimes des personnages, même lorsque ce que l’on y découvre est profondément dérangeant.
« J’ai embrassé l’aube d’été et j’ai cru que cette sensation-là, cette communion entre moi et les éléments, cette harmonie entre mon corps et mon esprit, ce serait ma vie. »
Mon avis 💬
Ce livre a été un énorme coup de cœur. J’en avais entendu parler sur Livraddict, notamment à travers un partenariat qui suscitait beaucoup de curiosité et de discussions. Les retours autour du roman m’avaient intriguée, et je comprends pourquoi : derrière ses apparences trompeuses, Les Garçons de l’été est un texte très sombre, bien plus dérangeant que ce que sa couverture ou son résumé peuvent laisser imaginer.
C’est l’un des livres les plus particuliers que j’aie lus à cette période. Il ne ressemble pas vraiment aux autres. J’ai été marquée par ses thèmes, son réalisme, sa richesse narrative et sa capacité à provoquer des émotions très fortes : le dégoût, la colère, le malaise, parfois même une forme de fascination inquiète.
Le roman ouvre une porte vers une réalité profondément sombre. Il y a quelque chose de presque glaçant dans sa manière de montrer les apparences, les désirs, les violences, les silences et les failles des personnages. Par moments, cette noirceur m’a fait penser à l’ambiance de certains épisodes de Black Mirror : une impression de réel légèrement déformé, mais suffisamment proche pour devenir inconfortable.
J’ai néanmoins été dérangée par deux ou trois choses, notamment certains clichés et la fin de l’histoire. Je ne sais pas si ces clichés sont volontaires, mais ils m’ont agacée. Faut-il forcément être sportif, musclé, bronzé, populaire, attirant et brillant pour être admiré ? Le roman semble justement jouer avec cette image de perfection masculine, mais elle reste parfois pesante à lire.
La fin, elle aussi, m’a laissée perplexe. Elle n’est pas mauvaise, simplement étrange et inattendue. Peut-être que cela participe au malaise général du livre, mais j’en suis ressortie un peu bousculée.
Il y aurait encore beaucoup à dire, mais cette chronique est déjà bien longue. Alors je vais garder l’essentiel : Les Garçons de l’été est une drôle de pépite, sombre, dérangeante et marquante. Une lecture que je n’oublierai pas de sitôt 😅
Pour aller plus loin 🔎
– Voici le Booktrailer des Les garçons de l’été de Rebecca Lighieri présenté par Folio :
– Une interview de l’auteure des éditions P.O.L. :




Merci pour cette chronique, il me semble que j’avais déjà entendu parler de ce livre il y a peu de temps (peut-être au Masque et la Plume) mais je l’avais oublié depuis. Du coup, cela m’a redonné envie de le lire 🙂
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Ouh là, encore une fois, je suis désolée pour le délai… Je n’avais pas vu le commentaire, et j’ai quelques problèmes de gestion du blog ces temps-ci…
Ah oui, ça serait tout à fait leur « type de livre » ! C’est super ! 🙂
Merci pour ton commentaire ! 😀
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Je comprends et j’adhère à ton ressenti. C’est une histoire qui se lit tellement bien malgré tout ce qui s’y trouve. Pour ma part, pas un coup de cœur, je ne sais pas comment classer ce roman. Tu as tout dit et joliment. Je suis encore à me demander plusieurs jours après lecture si c’est du très bon ou du très mauvais. D’où le fait que j’ai parlé d’un livre à lire d’urgence ou à jeter… Pour te faire vivre quelque chose, c’est du lourd. 🙂
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Disons que c’est un coup de cœur, mais dans un drôle de sens. C’est un livre révoltant, et je l’apprécie pour toutes les émotions qu’il a fait résonner en moi.
Mais je comprends tout à fait pourquoi tu dis te « demander, plusieurs jours après lecture, si c’est du très bon ou du très mauvais » ^-^
Argh, c’est même compliqué de te répondre, vu que ce livre est tellement weird !
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Je vois ^_^
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