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Cruelles, de Cat Clarke : culpabilitĂ©, vengeance et adolescence sous tension đŸ•Żïž

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Cette chronique Ă©voque un roman jeunesse / young adult autour du harcĂšlement scolaire, de l’humiliation, de la cruautĂ© adolescente, de la vengeance, de la culpabilitĂ©, du secret, du deuil, de la pression sociale et du suivi psychologique.

Lors d’un sĂ©jour avec sa classe en Ecosse, Alice et sa meilleure amie Cass sont coincĂ©es dans une cabane avec Polly, l’asociale de service, Rae, la gothique aux terribles sautes d’humeur et Tara, la reine des pestes. Populaire, belle et cruelle, cette derniĂšre prend un malin plaisir Ă  humilier les autres. Cass dĂ©cide qu’il est grand temps de donner Ă  Tara une leçon qu’elle n’est pas prĂȘte d’oublier. Va alors se mettre en marche une succession d’Ă©vĂ©nements qui vont changer la vie de ces filles Ă  jamais.

J’ai peur que cette lecture ait Ă©tĂ© influencĂ©e par des attentes trop Ă©levĂ©es.

Cat Clarke est une autrice dont j’ai beaucoup entendu parler sur les rĂ©seaux sociaux. ForcĂ©ment, cela a titillĂ© ma curiosité  mais aussi un peu mon agacement. Quand je vois des livres circuler partout, relayĂ©s par de nombreux comptes trĂšs suivis, j’ai parfois tendance Ă  me mĂ©fier, mĂȘme lorsque les avis semblent sincĂšres.

Mais bon, je me suis tout de mĂȘme bien fait avoir par la réédition de certains titres de la Collection R en prix dĂ©couverte. Il faut dire que 10 € au lieu de 20 €, c’est tout de suite plus tentant quand vous n’osez pas encore vous lancer vers un nouveau titre. 😊

J’attendais donc plusieurs choses de cette lecture : une histoire originale, un texte fluide, et peut-ĂȘtre ce petit quelque chose en plus qui marque vraiment.

AprĂšs avoir lu la mention « Entrez dans l’univers de Cat Clarke, la reine du thriller Ă©motionnel », j’espĂ©rais ressentir de fortes Ă©motions. J’attendais un roman capable de me surprendre, de me remuer, ou au moins de me laisser avec une vraie tension intĂ©rieure.

Le rĂ©cit suit Alice, une adolescente discrĂšte, studieuse et timide, qui se retrouve dans la mĂȘme chambre que Tara lors d’un voyage scolaire en Écosse.

ProblĂšme : Tara est prĂ©cisĂ©ment la fille qu’Alice redoute le plus. Populaire, moqueuse et cruelle, elle a l’habitude d’humilier les autres, en particulier les filles qui partagent sa chambre.

Face Ă  son comportement, Alice, Cass, Polly et Rae dĂ©cident de lui donner une leçon. Dans leur esprit, il ne s’agit que d’un petit tour, une maniĂšre de lui faire comprendre ce qu’elle fait subir aux autres.

Mais évidemment, rien ne se passe comme prévu.

À partir de lĂ , le roman bascule dans une histoire de culpabilitĂ©, de secret, de peur et de consĂ©quences impossibles Ă  effacer. Ce qui aurait pu rester une vengeance adolescente maladroite devient quelque chose de beaucoup plus lourd Ă  porter.

Cette phrase rĂ©sume d’ailleurs bien l’ambiance du roman :

J’ai plutĂŽt bien aimĂ© les personnages dans l’ensemble.

Ils correspondent parfois Ă  des rĂŽles trĂšs identifiables : la fille populaire, la fille discrĂšte, la fille blessĂ©e, la fille plus marginale, le groupe qui se forme autour d’un secret
 C’est assez stĂ©rĂ©otypĂ©, mais cela renvoie aussi Ă  une certaine rĂ©alitĂ© adolescente, avec ses codes, ses hiĂ©rarchies et ses violences sociales.

J’ai aussi apprĂ©ciĂ© le fait que le roman mette en avant les tensions qui peuvent exister dans un groupe d’amies pendant l’adolescence. Ce n’est pas un thĂšme particuliĂšrement original (coucou Pretty Little Liars, coucou La Liste, coucou Riverdale), mais il reste toujours d’actualitĂ©.

La quĂȘte de popularitĂ©, le besoin d’ĂȘtre validĂ©e, la peur d’ĂȘtre rejetĂ©e, les rĂŽles que chacune finit par tenir dans un groupe : tout cela peut paraĂźtre artificiel avec le recul, mais sur le moment, Ă  l’adolescence, ces mĂ©canismes peuvent prendre une place Ă©norme.

J’ai aussi trouvĂ© intĂ©ressant que le livre Ă©voque le suivi psychologique chez les jeunes. Ce n’est pas encore assez prĂ©sent dans les fictions, alors que cela peut ĂȘtre essentiel, surtout dans des histoires qui abordent la culpabilitĂ©, le harcĂšlement, les secrets et les traumatismes.

L’intrigue est assez perturbante, parce qu’il est difficile de choisir un camp Ă  100 %. Les personnages font des choses discutables, parfois cruelles, parfois comprĂ©hensibles, et ce flou moral rend la lecture plus intĂ©ressante.

L’écriture est trĂšs fluide, ce qui permet d’accrocher facilement Ă  l’histoire. Le roman se lit vite, sans lourdeur, avec une tension qui donne envie de continuer.

J’ai aussi trouvĂ© le livre trĂšs visuel. Les dĂ©cors, l’ambiance du voyage scolaire et certaines scĂšnes se dessinent facilement en tĂȘte.

Et oui, c’est peut-ĂȘtre clichĂ©, mais j’ai adorĂ© Jack et Rae.

LĂ  oĂč j’ai Ă©tĂ© moins convaincue, c’est du cĂŽtĂ© de l’intrigue.

Le scĂ©nario reste assez classique, presque trop prĂ©visible par moments. Ce n’est pas dĂ©sagrĂ©able Ă  lire, mais je n’ai pas vraiment eu l’impression de dĂ©couvrir quelque chose de trĂšs original dans la construction du suspense.

Le roman fonctionne bien comme lecture jeunesse / young adult : il est fluide, efficace, accessible, avec une tension qui donne envie de tourner les pages. Mais j’attendais peut-ĂȘtre quelque chose de plus fort, surtout aprĂšs la promesse autour du « thriller Ă©motionnel ».

J’ai aussi Ă©tĂ© un peu frustrĂ©e par le traitement des personnages.

Je comprends l’intĂ©rĂȘt des stĂ©rĂ©otypes dans ce type de rĂ©cit : ils permettent d’identifier rapidement les rĂŽles sociaux, les dynamiques de groupe et les tensions adolescentes. Mais j’aime moins quand les personnages restent trop enfermĂ©s dans ces cases.

Une personne n’est jamais seulement « la fille timide », « la peste », « la gothique », « le sportif » ou « le personnage homosexuel ». Il y a toujours plus que cela : des contradictions, des blessures, des nuances, des dĂ©sirs, des peurs, des zones plus complexes.

Ici, j’aurais aimĂ© que les personnages soient davantage dĂ©veloppĂ©s. Certains ont du potentiel, mais restent parfois trop dĂ©finis par leur rĂŽle dans l’intrigue.

Au final, je n’ai pas vraiment ressenti le choc Ă©motionnel que j’attendais. Cruelles reste une lecture YA efficace, mais pas le thriller bouleversant que j’espĂ©rais.

Ce que le roman interroge aussi, c’est la maniĂšre dont une situation de stress peut faire basculer des personnes ordinaires dans des dĂ©cisions terribles.

Une question dĂ©rangeante apparaĂźt alors : qu’aurais-je fait Ă  leur place ? Et presque aussitĂŽt, une autre arrive : est-ce dĂ©jĂ  horrible de se poser cette question ?

C’est ce flou moral qui rend le roman intĂ©ressant. Les personnages ne sont pas entiĂšrement innocents, mais ils ne sont pas non plus de simples monstres. Leurs choix sont discutables, parfois graves, mais ils naissent aussi d’un contexte de souffrance, d’humiliation, de peur et de pression sociale.

Le thĂšme de la vengeance fonctionne bien pour cette raison. Vouloir faire payer quelqu’un qui a fait du mal peut sembler comprĂ©hensible sur le moment. Mais la vengeance ne rĂ©pare pas forcĂ©ment. Elle peut aussi dĂ©placer la violence, l’amplifier, et enfermer tout le monde dans une nouvelle forme de culpabilitĂ©.

Le roman questionne aussi la popularitĂ©. Pourquoi certaines personnes cherchent-elles autant Ă  ĂȘtre admirĂ©es, suivies, dĂ©sirĂ©es ou enviĂ©es ? À quoi sert ce statut, s’il repose sur la peur, l’humiliation ou l’exclusion des autres ? Est-ce que le fait d’ĂȘtre populaire rend vraiment plus heureux.se ?

Avec le recul, ces hiĂ©rarchies adolescentes peuvent sembler absurdes. Pourtant, lorsqu’une personne se trouve au cƓur du groupe, du lycĂ©e, du regard des autres, elles peuvent devenir Ă©normes. La peur d’ĂȘtre rejetĂ©e, ridiculisĂ©e ou mise Ă  l’écart peut faire trĂšs mal.

Et au fond, la question la plus simple reste peut-ĂȘtre la plus importante : pourquoi se moquer des personnes diffĂ©rentes, alors que chaque personne l’est Ă  sa maniĂšre ?

Une citation m’a particuliĂšrement touchĂ©e, notamment lorsqu’elle Ă©voque le manque laissĂ© par une sƓur disparue :

En quelques mots, le roman rappelle que derriĂšre les secrets, les erreurs et les jugements, il y a aussi du deuil, de l’amour et des pertes impossibles Ă  rĂ©parer.

Finalement, Cruelles est une lecture qui m’a plu, mais sans plus.

Le roman se lit assez vite. L’écriture est fluide, simple et agrĂ©able, ce qui rend la lecture trĂšs accessible. En revanche, je n’ai pas trouvĂ© l’histoire particuliĂšrement originale, et le suspense ne m’a pas autant emportĂ©e que je l’espĂ©rais.

Pour moi, ce n’est pas vraiment le « thriller Ă©motionnel » annoncĂ©. Et pourtant, je suis plutĂŽt Ă©motive. Haha.

Je dirais plutĂŽt que Cruelles fonctionne bien comme roman jeunesse / young adult autour du harcĂšlement, de la culpabilitĂ© et des dynamiques de groupe. Il peut ĂȘtre intĂ©ressant pour des lecteurices qui souhaitent dĂ©couvrir ce type d’ambiance sans forcĂ©ment aller vers des rĂ©cits trop violents ou trop gores.

Le livre montre bien la cruautĂ© qui peut exister au collĂšge, et probablement aussi au lycĂ©e : les humiliations, la pression du groupe, la quĂȘte de popularitĂ©, les secrets et les consĂ©quences d’une vengeance qui dĂ©rape. Mais du cĂŽtĂ© du suspense, je suis restĂ©e un peu sur ma faim.

AprĂšs, ce n’est que mon avis. Ma petite sƓur est en train de le lire, et elle a l’air de beaucoup l’aimer. Je reste aussi curieuse de dĂ©couvrir d’autres livres de Cat Clarke, pour voir si sa plume me touche davantage ailleurs. 😊

Une citation m’a tout de mĂȘme marquĂ©e autour du mot « dĂ©solĂ© », justement parce qu’elle rappelle Ă  quel point une excuse peut ĂȘtre vague, ambiguĂ«, ou insuffisante selon ce qu’elle cherche Ă  rĂ©parer :

Je ne sais pas exactement pourquoi, mais pendant ma lecture, j’imaginais assez bien Alice en Aria de Pretty Little Liars, Tara en Alison, et Polly en Paige.

Et, forcĂ©ment, la musique du gĂ©nĂ©rique de PLL a tournĂ© en boucle dans ma tĂȘte pendant une bonne partie de ma lecture.

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