Classique, Historique, imaginaire

La Ferme des animaux, de George Orwell : quand la rĂ©volution engendre une nouvelle tyrannie đŸ–

 

PremiĂšre de couverture du livre.

Ce court roman aborde le totalitarisme, la propagande, la manipulation politique, l’oppression, les exĂ©cutions, les inĂ©galitĂ©s sociales et la trahison d’un idĂ©al rĂ©volutionnaire.

La Ferme des animaux est un court roman dĂ©crivant une ferme, celle du Manoir. Dans cette ferme le mĂ©contentement gronde parmi les animaux. Ils considĂšrent que l’homme est un vĂ©ritable tyran. Ce sont les cochons qui prennent la tĂȘte du mouvement et vont provoquer une rĂ©volte chez tous les animaux. Les hommes vont ĂȘtre dĂ©clarĂ©s les premiers ennemis et tous les animaux Ă  pattes ou Ă  ailes sont dĂ©clarĂ©s Ă©gaux par Sage l’ancien (celui-ci reprĂ©sente LĂ©nine ou Marx). Mais bien vite ils se rendront compte qu’il y en a de bien plus Ă©gaux que d’autres! La rĂ©volte est prise en main par deux porcs. L’un s’appelle NapolĂ©on et fait penser Ă  Staline et l’autre Boule de Neige qui fait penser Ă  Trotski. Le premier (au nom prĂ©disposĂ©) ne vise que le pouvoir, alors que le second est un vĂ©ritable idĂ©aliste.

La Ferme des animaux a Ă©tĂ© Ă©crite par George Orwell, un Ă©crivain britannique, nĂ© en Inde alors sous domination coloniale britannique. Il est connu pour ses rĂ©cits allĂ©goriques, c’est Ă  dire des rĂ©cits se basant sur la reprĂ©sentation ou l’expression d’une idĂ©e abstraite Ă  travers des figures dotĂ©es d’attributs symboliques ou par une mĂ©taphore prolongĂ©e, ainsi que pour ces rĂ©cits d’anticipation, qui imaginent des Ă©vĂ©nements futurs et ici qui dĂ©noncent les dangers du totalitarisme.

Son Ɠuvre est profondĂ©ment marquĂ©e par ses expĂ©riences personnelles : son passage dans la police impĂ©riale en Birmanie, qui nourrit son rejet de l’impĂ©rialisme ; son observation de la pauvretĂ© Ă  Londres et Ă  Paris ; puis son engagement contre le fascisme pendant la guerre d’Espagne. Ces expĂ©riences expliquent en partie sa mĂ©fiance envers les systĂšmes de domination, qu’ils soient coloniaux, capitalistes ou totalitaires.

Orwell achĂšve l’Ă©criture de La Ferme des animaux en fĂ©vrier 1944. Cependant, l’ouvrage ne paraĂźt qu’un an plus tard, en aoĂ»t 1945. Entre-temps, le livre a Ă©tĂ© refusĂ© par quatre Ă©diteurs. La critique radicale de l’URSS semble prĂ©maturĂ©e, Ă  un moment oĂč la guerre contre l’Allemagne hitlĂ©rienne n’est pas terminĂ©e.

Les animaux se donnent un hymne, BĂȘtes d’Angleterre, qui devient un symbole de leur rĂ©volte. Des assemblĂ©es publiques hebdomadaires sont organisĂ©es pour prendre les dĂ©cisions nĂ©cessaires Ă  la vie de la ferme. Mais bien vite, une opposition franche se dessine entre NapolĂ©on et Boule de Neige. Alors que Boule de Neige semble l’emporter dans le dĂ©bat face Ă  NapolĂ©on, et que ses propositions pourraient ĂȘtre acceptĂ©es, NapolĂ©on pousse de terribles hurlements et dix chiens foncent sur Boule de Neige, qui n’a d’autre choix que de fuir Ă  toute vitesse. L’assemblĂ©e est surprise, mais ne bouge pas. À partir de ce moment, les assemblĂ©es publiques sont supprimĂ©es et tout est dirigĂ© par un comitĂ© composĂ© uniquement de cochons. Les votes prĂ©cĂ©dents finissent par ĂȘtre totalement oubliĂ©s et sont remplacĂ©s par les seules dĂ©cisions du comitĂ©, c’est-Ă -dire celles de NapolĂ©on.

Des manifestations prĂ©tendument « spontanĂ©es » sont minutieusement organisĂ©es, avec obligation d’y assister. Les animaux sont inondĂ©s de merveilleuses statistiques, censĂ©es prouver que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un jour, les animaux voient NapolĂ©on entrer parmi eux en marchant sur deux pattes, et cette vision les effraie. NapolĂ©on tient mĂȘme un fouet Ă  la main !

Le stalinisme dĂ©signe la pratique totalitaire du pouvoir mise en place par Staline, fondĂ©e notamment sur l’usage de la terreur, la rĂ©pression politique et le culte de la personnalitĂ©. En rupture avec l’idĂ©al internationaliste portĂ© par Marx, Staline crĂ©e un État centralisĂ© fort et rejette l’internationalisme ouvrier. TrĂšs oppressif, le stalinisme n’est pas Ă©galitaire : il crĂ©e une Ă©lite sociale privilĂ©giĂ©e. Les sept commandements de la ferme et leur dĂ©tournement permettent d’illustrer ces pratiques.

Les sept commandements sont les suivants :

Ces sept commandements sont prononcĂ©s par le vieux cochon, Sage l’Ancien (qui m’a fait penser Ă  Martin Luther King grĂące Ă  sa sagesse et ses rĂȘves de paix), dans le but de faire respecter la sociĂ©tĂ© nouvelle. Ils sont Ă©crits sur le mur de la grange Ă  la vue de toutes et tous (mĂȘme si la plupart des animaux sont analphabĂštes). Ces rĂšgles, tout comme les Dix Commandements qui occupent une place centrale dans l’Ancien Testament et qui rĂ©sument la loi de Dieu, rĂ©capitulent les lois de la ferme du Manoir.

  • Le culte de la personnalitĂ© de NapolĂ©on se voit notamment dans le dĂ©tournement du septiĂšme commandement, qui devient « tous les animaux sont Ă©gaux mais certains le sont plus que d’autres Â». Il apparaĂźt aussi dans les titres qui lui sont donnĂ©s : « PĂšre de tous les animaux Â» « Terreur du genre Humain Â» «  Protecteur de la Bergerie » ce qui rappelle les surnoms et titres attribuĂ©s Ă  Staline, comme : « l’homme d’acier Â», « le guide Â», « le pĂšre des peuples Â». De plus un poĂšme faisant son Ă©loge ainsi que son portrait de profil sont peints par une chĂšvre pour dĂ©corer le mur de la grange. Il en Ă©tait de mĂȘme avec Staline, dont le portrait Ă©tait affichĂ© dans les salles de classe, dans les lieux publics


  • La diabolisation de l’ennemi, d’abord incarnĂ© par l’humain, est utilisĂ©e comme outil de propagande pour crĂ©er la cohĂ©sion tout comme Staline diabolisa les « ennemis du peuple». Ce principe est illustrĂ© par le premier commandement : « Tout deuxpattes est un ennemi. Â» qui finit par ĂȘtre supprimĂ© pour permettre Ă  NapolĂ©on d’entretenir des Ă©changes avec les humains. Mais aussi par le quatriĂšme qui devient « Nul animal ne tuera un autre animal sans raison valable. » pour permettre Ă  NapolĂ©on de punir ses ennemis.

  • La formation d’une Ă©lite apparaĂźt aussi chez les animaux, comme dans les rĂ©gimes totalitaires. En effet, certains animaux sont plus Ă©gaux que d’autres mais l’Élite de NapolĂ©on dort dans des lits, boit de l’alcool et porte des vĂȘtements.

Ces pratiques contredisent les rĂšgles d’origine, mais les animaux au service de NapolĂ©on manipulent les commandements pour fabriquer une propagande destinĂ©e Ă  des animaux majoritairement analphabĂštes.

En utilisant des animaux, Orwell montre ainsi comment une idĂ©ologie Ă©galitaire peut ĂȘtre dĂ©tournĂ©e jusqu’Ă  produire de graves dĂ©rives, des morts et des massacres, lorsqu’un personnage comme NapolĂ©on confisque le pouvoir, et que dans de telles situations politiques le peuple n’ose plus s’opposer, de peur d’ĂȘtre dĂ©signĂ© comme un ennemi du dirigeant et du parti.

Orwell, tĂ©moin de son Ă©poque, propose avec cette Ɠuvre une satire de la RĂ©volution russe, mais surtout une critique du stalinisme. Le totalitarisme est un systĂšme politique caractĂ©risĂ© par la soumission des individus Ă  un ordre collectif imposĂ© par un pouvoir dictatorial, souvent au nom de la crĂ©ation d’une sociĂ©tĂ© nouvelle. En effet, l’histoire reprend de nombreux Ă©lĂ©ments de la rĂ©volution russe et de la construction de l’URSS. Le point de vue adoptĂ© n’est cependant pas neutre. En synthĂ©tisant les mĂ©thodes appliquĂ©es sous le rĂ©gime stalinien, l’auteur permet au lectorat de mieux comprendre les logiques de pouvoir, de propagande et de rĂ©pression Ă  l’oeuvre.

Cette Ɠuvre exprime donc une critique du rĂ©gime soviĂ©tique stalinien. Le roman montre comment Staline a trahi l’idĂ©al rĂ©volutionnaire et certains principes hĂ©ritĂ©s de Marx. L’idĂ©al communiste promettait une sociĂ©tĂ© plus Ă©galitaire, la fin de l’exploitation et la disparition des privilĂšges de classe
 Mais dans l’URSS stalinienne, le bilan est tout autre : des millions de personnes envoyĂ©es dans les camps du Goulag, les ravages de la famine et de la maladie, et surtout la domination sans partage du Parti, marquĂ©e par les privilĂšges, la corruption et la violence d’une dictature sanglante


Image de Dingo promenant Pluto.

À travers les mots de l’auteur, se dĂ©couvre aussi l’exploitation exercĂ©e par l’humain sur les autres espĂšces (nous sommes, nous aussi, des animaux). Il serait possible d’y lire, avec un regard contemporain, une critique indirecte de l’exploitation animale et de l’Ă©levage intensif. MĂȘme si ce n’est pas forcĂ©ment l’angle principal du roman, une lecture contemporaine peut aussi faire rĂ©sonner le texte avec la question de l’exploitation animale. En plaçant les animaux au centre du rĂ©cit, Orwell invite Ă  regarder autrement les rapports de domination entre humains et autres espĂšces.

J’ai beaucoup aimĂ© ce livre. Je l’avais dĂ©jĂ  Ă©tudiĂ© en troisiĂšme pour l’histoire des arts mais ce n’Ă©tait pas dans le mĂȘme but et avec le mĂȘme esprit. Cette relecture m’a permis de mieux comprendre le but de l’auteur et de faire le lien avec les cours d’histoire sur la guerre et les rĂ©gimes totalitaires ( et plus particuliĂšrement sur l’affirmation des rĂ©gimes totalitaires) . De plus l’animalisation permet une meilleure comprĂ©hension de l’Ɠuvre, rend le texte plus fluide et simplifie la description des Ă©vĂ©nements. Enfin, le roman ne se contente pas de dĂ©noncer une idĂ©ologie : il montre surtout comment un idĂ©al d’égalitĂ© peut ĂȘtre confisquĂ© par une Ă©lite, puis transformĂ© en outil de domination.

Lien du film La ferme des animaux :

L’Ă©trange Ă©volution de CroquetteXBoule de neige dans la sĂ©rie Rick et Morty S1E2 :

http://rickandmorty.wikia.com/wiki/Snuffles

http://time.com/4868184/rick-morty-easter-eggs/

Vous voyez la rĂ©fĂ©rence ? 🙂

11 rĂ©flexions au sujet de “La Ferme des animaux, de George Orwell : quand la rĂ©volution engendre une nouvelle tyrannie đŸ–”

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