Fantastique, imaginaire, nouvelles

L’étrange bibliothèque de Haruki Murakami

Première de couverture du livre.

Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale. Jusqu’ici, rien que de très banal, le garçon est scrupuleux, il rend toujours ses livres à l’heure. Cette fois, pourtant, rien ne se passera comme prévu…

Entre rêve et cauchemar, Haruki Murakami nous livre une nouvelle inédite, hypnotique, grinçante, superbement mise en images par la talentueuse illustratrice allemande Kat Menschik.

Cette nouvelle contient une atmosphère angoissante, des scènes d’enfermement, des figures inquiétantes, une menace diffuse et des éléments proches du cauchemar ou de la violence symbolique.

À l’époque, j’avais envie d’élargir mes horizons littéraires grâce à la « carte du monde des auteurs » proposée par Livraddict. L’idée était simple : lire des œuvres venues de différents pays, découvrir d’autres imaginaires, d’autres décors, d’autres façons de raconter.

Je me suis donc tournée vers la littérature japonaise. À part quelques mangas et la trilogie Yeruldelgger de Ian Manook, qui se déroule en Mongolie, j’avais finalement lu assez peu de livres liés à l’Asie. C’est ainsi que je suis arrivée à Haruki Murakami, un auteur dont j’avais souvent entendu parler sans avoir encore osé me lancer.

Son roman 1Q84 revenait régulièrement dans les recommandations, mais c’est finalement avec L’Étrange Bibliothèque, un texte court, illustré et étrange, que j’ai découvert son univers.

Extrait de ma carte du monde des auteur.rice.s lus en 2018.

Un jeune garçon, narrateur de cette histoire, se rend à la bibliothèque municipale, où il emprunte régulièrement des livres afin de répondre à ses questions, avant de les rendre toujours en temps et en heure, c’est un modèle, franchement 🤭

Tout se passe pour le mieux jusqu’au jour où il arrive avec une drôle de question : comment les impôts étaient-ils collectés dans l’Empire ottoman ? Chacun son truc… Mais les livres capables de répondre à cette question ne sont pas si faciles à trouver. Pour les emprunter, il lui faudra pénétrer dans une bibliothèque bien plus étrange qu’il ne l’imaginait.

À partir de là, le récit glisse dans une logique de rêve, ou plutôt de cauchemar, où chaque porte semble mener vers quelque chose d’un peu plus inquiétant. L’histoire mêle alors un tourtereau, un homme-mouton, un sinistre labyrinthe et une mystérieuse jeune fille muette. De quoi laisser songeur.euse, n’est-ce pas ?

J’ai trouvé que les illustrations de Kat Menschik se mariaient très bien avec cet univers. Elles sont sombres, très détaillées, et laissent en même temps une grande part d’interprétation. Elles possèdent aussi des effets de relief que l’on peut percevoir en bougeant le livre, ce qui ajoute une touche d’originalité à l’œuvre et lui donne une véritable profondeur.

Le seul petit point qui m’a dérangée, concerne le placement de certaines illustrations. Sans vouloir spoiler les lecteur.rice.s, j’ai parfois eu l’impression que certaines images apparaissaient trop tôt et empêchaient l’imagination de faire son propre chemin. D’autres, au contraire, arrivaient un peu trop tard et semblaient presque « hors sujet ».

Cela reste bien sûr un ressenti très personnel. Il n’empêche que je trouve ces illustrations très réussies : elles renforcent l’atmosphère sombre, étrange et hypnotique du livre.

Il n’empêche que je trouve ces illustrations très réussies. Elles ne se contentent pas d’accompagner le texte : elles participent pleinement au malaise, comme si le livre devenait lui-même un objet étrange à manipuler.

Illustration extraite du livre. Sert d'exemple.

Finalement, je ressors assez mitigée de cette lecture. J’ai aimé plonger dans cette drôle de bibliothèque aux côtés de ce garçon dont l’on sait si peu de choses. L’univers est très bien construit, profondément étrange, et l’histoire se révèle très immersive. Tout au long du livre, je me suis projetée aux côtés du narrateur : j’ai été intriguée avec lui, et j’ai même eu peur avec lui.

Mais la fin m’a laissée perplexe. Peut-être comme le narrateur, au fond… Disons qu’à la fin, une révélation assez déterminante arrive (je ne peux malheureusement pas dire quoi, sans spoiler), mais elle reste trop floue à mon goût. J’ai donc beaucoup aimé l’histoire et l’univers, tout en restant un peu sur ma faim. La chute est très rapide et j’aurais aimé en savoir davantage sur le pourquoi de cette situation.

Cette lecture m’a tout de même donné envie de découvrir les trois autres livres illustrés par Kat Menschik, qui ont l’air tout aussi beaux et étranges. J’espère aussi qu’au passage, je découvrirai davantage cette « si belle plume » dont j’ai souvent entendu parler, même à travers une traduction, ainsi que l’univers si particulier de Haruki Murakami.

L’Étrange Bibliothèque ne m’a donc pas entièrement satisfaite, mais je l’ai beaucoup aimé pour son atmosphère, son étrangeté et son très bel objet-livre.

Avec le recul, je me demande cependant si cette frustration ne fait pas aussi partie de l’expérience : le récit fonctionne comme un rêve étrange, dont il reste surtout une ambiance, des images et une sensation de malaise, plus qu’une explication parfaitement nette.

L’embêtant, avec les labyrinthes, c’est qu’on ne saura qu’à la fin si l’on a choisi le bon chemin ou pas. Et si en fin de compte on s’est trompé, il est en général trop tard pour repartir en arrière et recommencer. C’est le problème avec les labyrinthes.

Par son atmosphère étrange, inquiétante et presque cauchemardesque, L’Étrange Bibliothèque m’a beaucoup fait penser à l’univers d’Edgar Allan Poe, notamment à ses Histoires extraordinaires. J’y ai retrouvé ce goût du malaise, du lieu oppressant et de la logique un peu tordue, comme si le réel pouvait basculer à tout moment.

Cette lecture m’a aussi rappelé Réveille-Martin, de Youri de Paz, pour son imagination débordante, son étrangeté et sa façon de faire glisser le quotidien vers quelque chose de beaucoup plus bizarre. Dans les deux cas, le récit laisse une impression de rêve déformé, même si la chute de Réveille-Martin m’avait davantage convaincue.

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