imaginaire, Jeunesse, Science - Fiction

Exo de Fonda Lee

Il y a un siècle, après une guerre meurtrière, la Terre a été colonisée par une civilisation extraterrestre : les Zhrees. Même si la paix a finalement été instaurée entre les deux peuples, les Zhrees dominent à présent la planète.

Donovan, 17 ans, est chargé de faire régner l’ordre. À l’âge de 5 ans, il a été sélectionné pour être un EXO, un soldat d’élite des Zhrees. Il est aussi le fils du chef du gouvernement qui collabore avec les extraterrestres. Tout ceci destine le jeune homme à un brillant avenir. Jusqu’au jour où une intervention tourne mal et que Donovan est enlevé par Sapience, un groupe de résistants qui luttent pour l’indépendance de l’espèce humaine…

Ce roman aborde une occupation extraterrestre, la guerre, l’enlèvement, la résistance armée, la collaboration politique, la violence, la militarisation d’un adolescent, les manipulations idéologiques, ainsi que des questionnements autour de la liberté, de la domination et de la déshumanisation.

L’autrice part d’un résumé assez simple, mais l’histoire devient rapidement très intéressante.

Le livre évoque certains récits d’occupation et de résistance, presque comme une guerre mondiale futuriste. Deux camps s’opposent : les humains, d’un côté, et les Zhrees, une puissance extraterrestre occupante, de l’autre. Après une guerre longue et acharnée, appelée le Conflit, les humains ont perdu. La Terre vit désormais sous l’occupation des Zhrees.

Certaines personnes se sont habituées à cette paix imposée et finissent par y voir des bénéfices. D’autres, au contraire, refusent cet ordre nouveau. C’est là que le roman devient particulièrement intéressant : il ne parle pas seulement d’extraterrestres, mais aussi de domination, de colonisation, de résistance et de collaboration.

Cette idée m’a fait penser à une réflexion de Stephen Hawking dans le documentaire Into the Universe : si des extraterrestres arrivaient un jour sur Terre, la rencontre pourrait ressembler à certains épisodes de la colonisation, avec des conséquences dramatiques pour les peuples déjà présents. Le parallèle est fort, et il résonne très bien avec l’univers d’Exo.

Donovan est le personnage le plus développé au cours de l’histoire. Le récit passe essentiellement par lui, et les différents points de vue se découvrent surtout à travers son regard. Entre son engagement pour la SecPac et son lien involontaire avec les résistants de Sapience, sa vision du monde ne cesse d’être remise en question, jusqu’à évoluer peu à peu.

C’est ce qui rend son personnage particulièrement intéressant. Donovan essaie de ne plus penser de manière binaire et cherche à comprendre les personnes qui l’entourent, même lorsqu’elles appartiennent à des camps opposés. Dans un monde divisé entre occupation, résistance et collaboration, choisir son camp devient beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît.

J’ai trouvé ce personnage plaisant à suivre, et il est assez facile de s’identifier à lui (en tout cas, ce fut mon cas 😄) Sa position sociale, son rôle au sein de la SecPac et ce qui lui arrive avec Sapience en font un personnage tiraillé, loin d’une vie banale. C’est quelqu’un qui veut faire le bien, mais les circonstances, l’éducation reçue et le monde dans lequel il vit rendent les choses beaucoup plus troubles. À vous de voir !

Vercingétorix, alias Jet, est le coéquipier et meilleur ami de Donovan. De nature moins réservée que son camarade, il apporte une autre énergie au récit. Même s’il est moins développé que Donovan, il reste attachant et permet aussi de mieux comprendre l’univers de la SecPac, l’amitié entre soldats et les loyautés qui structurent ce monde.

Ce roman soulève de grandes questions morales et philosophiques. À travers son univers de science-fiction, il interroge la liberté individuelle et collective, le libre arbitre, le déterminisme, la vérité (ou plutôt les vérités), la morale, le devoir, la paix et la résistance.

Plus la lecture avance, plus les questions se multiplient. Qu’est-ce que la liberté ? Que serions-nous prêt.e.s à accepter au nom de la paix ? Serions-nous du côté de la résistance, de la collaboration ou de l’adaptation silencieuse ? Serions-nous fidèles à nos valeurs ? Quelle cause nous semblerait la plus juste ? Quelles sont nos convictions les plus profondes ?

Le roman questionne aussi la place de l’humanité dans l’univers. Qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? L’humanité est-elle bénéfique pour la planète ? Sommes-nous seuls ? Et que ferions-nous si nous ne nous considérions plus comme l’espèce supérieure ? La question du spécisme n’est jamais très loin.

C’est peut-être bête à dire, mais je trouve dommage que les cours de français ou de philosophie ne laissent pas davantage de place à ce type de romans. Les “grands classiques” ont évidemment leur importance, mais certains textes peuvent être compliqués à comprendre, ou paraître très éloignés des préoccupations actuelles. Des romans comme Exo sont accessibles, contemporains, et posent pourtant de vraies questions sur la liberté, la société, la domination, la morale et le monde dans lequel nous vivons.

Une phrase résume très bien l’un des grands dilemmes du roman :

Mais toute la question est là : de quelle liberté parle-t-on ? Celle de vivre en paix, celle de se gouverner soi-même, ou celle de déterminer son propre destin ?

À chaud, cette phrase ne m’avait pas autant dérangée que d’autres lecteur.ice.s. Je la trouvais surtout maladroite. À froid, je comprends davantage le malaise qu’elle peut provoquer. L’expression “sueur discrète de fille” essentialise quelque chose de très banal : la transpiration, en lui donnant une dimension genrée assez étrange. Comme si même l’odeur d’un corps devait correspondre à une idée douce, acceptable ou “féminine” de la fille.

Pour autant, je ne réduirais pas tout le roman à cette phrase. Elle me semble maladroite, datée peut-être, et pas très heureuse, mais elle ne résume pas à elle seule l’ensemble de l’œuvre. Je préfère donc la signaler comme un point de gêne, sans en faire le seul prisme de lecture.

Pour moi, Exo reste avant tout un roman de science-fiction sur l’occupation, la liberté, la domination et le choix de son camp. Mais si les formulations genrées ou certaines dynamiques de jalousie vous agacent vite en lecture, ce détail peut être bon à savoir.

Le roman commence en pleine action : le lectorat atterrit dans un monde déjà construit, avec ses règles, ses tensions politiques et son vocabulaire propre. Les premières pages demandent donc un petit temps d’adaptation, mais l’univers devient progressivement plus clair !

Quelques termes reviennent souvent : les Zhrees, civilisation extraterrestre dominante ; les Exos, humains améliorés par la biotechnologie extraterrestre ; la SecPac, organisation chargée de maintenir l’ordre ; et Sapience, groupe de résistance opposé à l’occupation. Une fois ces bases comprises, la lecture devient beaucoup plus fluide.

Ce vocabulaire peut dérouter au début, mais il participe aussi à la solidité de l’univers. Il donne l’impression d’un monde déjà installé, avec son histoire, ses rapports de force et ses propres catégories sociales.

Exo m’a fait penser à plusieurs autres œuvres de science-fiction ou de dystopie, sans que les histoires soient identiques. Ce sont plutôt des échos : des thèmes communs, des questionnements proches, ou une même manière d’utiliser l’imaginaire pour parler de domination, de guerre et de liberté.

Dans La Stratégie Ender d’Orson Scott Card, se retrouvent notamment les conflits intergalactiques, les jeunes combattants, la formation militaire et les manipulations exercées sur des enfants ou adolescent·es au nom d’une cause présentée comme supérieure. Comme dans Exo, la science-fiction sert à interroger la guerre, l’obéissance, la stratégie et la morale.

J’ai aussi pensé à Nox d’Yves Grevet, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises. Les deux romans ne racontent pas la même chose, mais ils partagent un goût pour les sociétés divisées, les rapports de domination et les résistances. Dans Nox, le conflit entre les populations riches et pauvres occupe une place centrale. Dans Exo, cette tension se déplace vers l’occupation extraterrestre, la collaboration, la résistance et la place des humains dans un monde contrôlé par une autre espèce. Les deux romans posent aussi de vraies questions morales autour de la liberté, du déterminisme et du choix de son camp.

Enfin, La Cinquième Vague de Rick Yancey peut aussi venir en tête pour la question de l’invasion extraterrestre. Je préfère rester vague pour ne pas spoiler les personnes qui ne l’auraient ni lu ni vu, mais certains thèmes se répondent : la peur de l’autre, la manipulation, la survie, la confiance et la difficulté de savoir qui est vraiment l’ennemi.

Il y a beaucoup de choses que j’ai aimées dans ce roman. Déjà, l’histoire : j’aime beaucoup ce genre, et j’ai trouvé que celle-ci changeait pas mal de ce que j’avais pu lire auparavant. La dystopie a longtemps été mon genre favori, mais il y en a eu tellement que je m’en suis un peu lassée… Ici, ce qui change vraiment, c’est la manière dont l’univers mêle science-fiction, occupation, résistance, biotechnologie et questionnements moraux.

J’ai aussi beaucoup apprécié les personnages. Ils sont très bien construits, et il devient assez facile de comprendre leur manière de penser, ce qui les pousse à s’engager dans tel ou tel camp, ou à remettre en question ce qu’iels croyaient acquis. Le tout est porté par une plume très juste et très dynamique ! Bravo aussi pour la traduction ! Le roman est addictif, avec une vraie tension à chaque fin de chapitre, ou presque.

Ce qui m’a également plu, c’est que ce livre ne donne pas l’impression de s’adresser uniquement à un public jeunesse. Certes, il y a une légère romance, mais ce n’est pas ce qui prend le plus de place à mes yeux. Exo reste avant tout un roman de science-fiction sur la liberté, la domination, le choix de son camp et la difficulté de penser par soi-même dans un monde déjà organisé par le pouvoir.

Autre avantage : comparée à certains classiques de la science-fiction, l’écriture reste très abordable. Le seul petit point négatif, c’est que l’histoire commence in medias res. D’un côté, cela plonge directement dans l’action ; de l’autre, beaucoup de mots et de concepts sont inconnus au départ. Il faut donc accepter un petit temps d’adaptation, peut-être trente à cinquante pages, avant d’être pleinement dans l’histoire… et de ne plus pouvoir décrocher ! 💪

Je tiens enfin à remercier encore une fois Babelio et les éditions Bayard Jeunesse, qui m’ont permis de découvrir ce livre grâce à un concours sur Instagram.

Le premier chapitre de Exo est disponible en version originale anglaise sur le site de Scholastic :
http://www.scholastic.com/pdfs/exo-excerpt.pdf

Vous pouvez aussi retrouver une vidéo de présentation du roman par Fonda Lee. L’autrice y parle de son livre, de son processus d’écriture et de certains éléments liés à l’histoire. C’est une bonne ressource pour prolonger la lecture et découvrir directement son regard sur l’univers d’Exo.

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