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Exo, de Fonda Lee : grandir sous le joug d’une civilisation extraterrestre đŸ‘œ

Ce roman aborde une occupation extraterrestre, la guerre, l’enlĂšvement, la rĂ©sistance armĂ©e, la collaboration politique, la violence, la militarisation d’un adolescent, les manipulations idĂ©ologiques, ainsi que des questionnements autour de la libertĂ©, de la domination et de la dĂ©shumanisation.

Il y a un siĂšcle, aprĂšs une guerre meurtriĂšre, la Terre a Ă©tĂ© colonisĂ©e par une civilisation extraterrestre : les Zhrees. MĂȘme si la paix a finalement Ă©tĂ© instaurĂ©e entre les deux peuples, les Zhrees dominent Ă  prĂ©sent la planĂšte.

Donovan, 17 ans, est chargĂ© de faire rĂ©gner l’ordre. À l’ñge de 5 ans, il a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© pour ĂȘtre un EXO, un soldat d’élite des Zhrees. Il est aussi le fils du chef du gouvernement qui collabore avec les extraterrestres. Tout ceci destine le jeune homme Ă  un brillant avenir. Jusqu’au jour oĂč une intervention tourne mal et que Donovan est enlevĂ© par Sapience, un groupe de rĂ©sistants qui luttent pour l’indĂ©pendance de l’espĂšce humaine


L’autrice part d’un rĂ©sumĂ© assez simple, mais l’histoire devient rapidement trĂšs intĂ©ressante.

Le livre Ă©voque certains rĂ©cits d’occupation et de rĂ©sistance, presque comme une guerre mondiale futuriste. Deux camps s’opposent : les humains, d’un cĂŽtĂ©, et les Zhrees, une puissance extraterrestre occupante, de l’autre. AprĂšs une guerre longue et acharnĂ©e, appelĂ©e le Conflit, les humains ont perdu. La Terre vit dĂ©sormais sous l’occupation des Zhrees.

Certaines personnes se sont habituĂ©es Ă  cette paix imposĂ©e et finissent par y voir des bĂ©nĂ©fices. D’autres, au contraire, refusent cet ordre nouveau. C’est lĂ  que le roman devient particuliĂšrement intĂ©ressant : il ne parle pas seulement d’extraterrestres, mais aussi de domination, de colonisation, de rĂ©sistance et de collaboration.

Cette idĂ©e m’a fait penser Ă  une rĂ©flexion de Stephen Hawking dans le documentaire Into the Universe : si des extraterrestres arrivaient un jour sur Terre, la rencontre pourrait ressembler Ă  certains Ă©pisodes de la colonisation, avec des consĂ©quences dramatiques pour les peuples dĂ©jĂ  prĂ©sents. Le parallĂšle est fort, et il rĂ©sonne trĂšs bien avec l’univers d’Exo.

Donovan est le personnage le plus dĂ©veloppĂ© au cours de l’histoire. Le rĂ©cit passe essentiellement par lui, et les diffĂ©rents points de vue se dĂ©couvrent surtout Ă  travers son regard. Entre son engagement pour la SecPac et son lien involontaire avec les rĂ©sistants de Sapience, sa vision du monde ne cesse d’ĂȘtre remise en question, jusqu’à Ă©voluer peu Ă  peu.

C’est ce qui rend son personnage particuliĂšrement intĂ©ressant. Donovan essaie de ne plus penser de maniĂšre binaire et cherche Ă  comprendre les personnes qui l’entourent, mĂȘme lorsqu’elles appartiennent Ă  des camps opposĂ©s. Dans un monde divisĂ© entre occupation, rĂ©sistance et collaboration, choisir son camp devient beaucoup plus compliquĂ© qu’il n’y paraĂźt.

J’ai trouvĂ© ce personnage plaisant Ă  suivre, et il est assez facile de s’identifier Ă  lui (en tout cas, ce fut mon cas 😄) Sa position sociale, son rĂŽle au sein de la SecPac et ce qui lui arrive avec Sapience en font un personnage tiraillĂ©, loin d’une vie banale. C’est quelqu’un qui veut faire le bien, mais les circonstances, l’éducation reçue et le monde dans lequel il vit rendent les choses beaucoup plus troubles. À vous de voir !

VercingĂ©torix, alias Jet, est le coĂ©quipier et meilleur ami de Donovan. De nature moins rĂ©servĂ©e que son camarade, il apporte une autre Ă©nergie au rĂ©cit. MĂȘme s’il est moins dĂ©veloppĂ© que Donovan, il reste attachant et permet aussi de mieux comprendre l’univers de la SecPac, l’amitiĂ© entre soldats et les loyautĂ©s qui structurent ce monde.

Ce roman soulĂšve de grandes questions morales et philosophiques. À travers son univers de science-fiction, il interroge la libertĂ© individuelle et collective, le libre arbitre, le dĂ©terminisme, la vĂ©ritĂ© (ou plutĂŽt les vĂ©ritĂ©s), la morale, le devoir, la paix et la rĂ©sistance.

Plus la lecture avance, plus les questions se multiplient. Qu’est-ce que la libertĂ© ? Que serions-nous prĂȘt.e.s Ă  accepter au nom de la paix ? Serions-nous du cĂŽtĂ© de la rĂ©sistance, de la collaboration ou de l’adaptation silencieuse ? Serions-nous fidĂšles Ă  nos valeurs ? Quelle cause nous semblerait la plus juste ? Quelles sont nos convictions les plus profondes ?

Le roman questionne aussi la place de l’humanitĂ© dans l’univers. Qu’est-ce qui fait de nous des ĂȘtres humains ? L’humanitĂ© est-elle bĂ©nĂ©fique pour la planĂšte ? Sommes-nous seuls ? Et que ferions-nous si nous ne nous considĂ©rions plus comme l’espĂšce supĂ©rieure ? La question du spĂ©cisme n’est jamais trĂšs loin.

C’est peut-ĂȘtre bĂȘte Ă  dire, mais je trouve dommage que les cours de français ou de philosophie ne laissent pas davantage de place Ă  ce type de romans. Les “grands classiques” ont Ă©videmment leur importance, mais certains textes peuvent ĂȘtre compliquĂ©s Ă  comprendre, ou paraĂźtre trĂšs Ă©loignĂ©s des prĂ©occupations actuelles. Des romans comme Exo sont accessibles, contemporains, et posent pourtant de vraies questions sur la libertĂ©, la sociĂ©tĂ©, la domination, la morale et le monde dans lequel nous vivons.

Une phrase rĂ©sume trĂšs bien l’un des grands dilemmes du roman :

Mais toute la question est lĂ  : de quelle libertĂ© parle-t-on ? Celle de vivre en paix, celle de se gouverner soi-mĂȘme, ou celle de dĂ©terminer son propre destin ?

À chaud, cette phrase ne m’avait pas autant dĂ©rangĂ©e que d’autres lecteur.ice.s. Je la trouvais surtout maladroite. À froid, je comprends davantage le malaise qu’elle peut provoquer. L’expression “sueur discrĂšte de fille” essentialise quelque chose de trĂšs banal : la transpiration, en lui donnant une dimension genrĂ©e assez Ă©trange. Comme si mĂȘme l’odeur d’un corps devait correspondre Ă  une idĂ©e douce, acceptable ou “fĂ©minine” de la fille.

Pour autant, je ne rĂ©duirais pas tout le roman Ă  cette phrase. Elle me semble maladroite, datĂ©e peut-ĂȘtre, et pas trĂšs heureuse, mais elle ne rĂ©sume pas Ă  elle seule l’ensemble de l’Ɠuvre. Je prĂ©fĂšre donc la signaler comme un point de gĂȘne, sans en faire le seul prisme de lecture.

Pour moi, Exo reste avant tout un roman de science-fiction sur l’occupation, la libertĂ©, la domination et le choix de son camp. Mais si les formulations genrĂ©es ou certaines dynamiques de jalousie vous agacent vite en lecture, ce dĂ©tail peut ĂȘtre bon Ă  savoir.

Le roman commence en pleine action : le lectorat atterrit dans un monde dĂ©jĂ  construit, avec ses rĂšgles, ses tensions politiques et son vocabulaire propre. Les premiĂšres pages demandent donc un petit temps d’adaptation, mais l’univers devient progressivement plus clair !

Quelques termes reviennent souvent : les Zhrees, civilisation extraterrestre dominante ; les Exos, humains amĂ©liorĂ©s par la biotechnologie extraterrestre ; la SecPac, organisation chargĂ©e de maintenir l’ordre ; et Sapience, groupe de rĂ©sistance opposĂ© Ă  l’occupation. Une fois ces bases comprises, la lecture devient beaucoup plus fluide.

Ce vocabulaire peut dĂ©router au dĂ©but, mais il participe aussi Ă  la soliditĂ© de l’univers. Il donne l’impression d’un monde dĂ©jĂ  installĂ©, avec son histoire, ses rapports de force et ses propres catĂ©gories sociales.

Exo m’a fait penser Ă  plusieurs autres Ɠuvres de science-fiction ou de dystopie, sans que les histoires soient identiques. Ce sont plutĂŽt des Ă©chos : des thĂšmes communs, des questionnements proches, ou une mĂȘme maniĂšre d’utiliser l’imaginaire pour parler de domination, de guerre et de libertĂ©.

Dans La StratĂ©gie Ender d’Orson Scott Card, se retrouvent notamment les conflits intergalactiques, les jeunes combattants, la formation militaire et les manipulations exercĂ©es sur des enfants ou adolescent·es au nom d’une cause prĂ©sentĂ©e comme supĂ©rieure. Comme dans Exo, la science-fiction sert Ă  interroger la guerre, l’obĂ©issance, la stratĂ©gie et la morale.

J’ai aussi pensĂ© Ă  Nox d’Yves Grevet, dont je vous ai dĂ©jĂ  parlĂ© Ă  plusieurs reprises. Les deux romans ne racontent pas la mĂȘme chose, mais ils partagent un goĂ»t pour les sociĂ©tĂ©s divisĂ©es, les rapports de domination et les rĂ©sistances. Dans Nox, le conflit entre les populations riches et pauvres occupe une place centrale. Dans Exo, cette tension se dĂ©place vers l’occupation extraterrestre, la collaboration, la rĂ©sistance et la place des humains dans un monde contrĂŽlĂ© par une autre espĂšce. Les deux romans posent aussi de vraies questions morales autour de la libertĂ©, du dĂ©terminisme et du choix de son camp.

Enfin, La CinquiĂšme Vague de Rick Yancey peut aussi venir en tĂȘte pour la question de l’invasion extraterrestre. Je prĂ©fĂšre rester vague pour ne pas spoiler les personnes qui ne l’auraient ni lu ni vu, mais certains thĂšmes se rĂ©pondent : la peur de l’autre, la manipulation, la survie, la confiance et la difficultĂ© de savoir qui est vraiment l’ennemi.

Il y a beaucoup de choses que j’ai aimĂ©es dans ce roman. DĂ©jĂ , l’histoire : j’aime beaucoup ce genre, et j’ai trouvĂ© que celle-ci changeait pas mal de ce que j’avais pu lire auparavant. La dystopie a longtemps Ă©tĂ© mon genre favori, mais il y en a eu tellement que je m’en suis un peu lassĂ©e
 Ici, ce qui change vraiment, c’est la maniĂšre dont l’univers mĂȘle science-fiction, occupation, rĂ©sistance, biotechnologie et questionnements moraux.

J’ai aussi beaucoup apprĂ©ciĂ© les personnages. Ils sont trĂšs bien construits, et il devient assez facile de comprendre leur maniĂšre de penser, ce qui les pousse Ă  s’engager dans tel ou tel camp, ou Ă  remettre en question ce qu’iels croyaient acquis. Le tout est portĂ© par une plume trĂšs juste et trĂšs dynamique ! Bravo aussi pour la traduction ! Le roman est addictif, avec une vraie tension Ă  chaque fin de chapitre, ou presque.

Ce qui m’a Ă©galement plu, c’est que ce livre ne donne pas l’impression de s’adresser uniquement Ă  un public jeunesse. Certes, il y a une lĂ©gĂšre romance, mais ce n’est pas ce qui prend le plus de place Ă  mes yeux. Exo reste avant tout un roman de science-fiction sur la libertĂ©, la domination, le choix de son camp et la difficultĂ© de penser par soi-mĂȘme dans un monde dĂ©jĂ  organisĂ© par le pouvoir.

Autre avantage : comparĂ©e Ă  certains classiques de la science-fiction, l’écriture reste trĂšs abordable. Le seul petit point nĂ©gatif, c’est que l’histoire commence in medias res. D’un cĂŽtĂ©, cela plonge directement dans l’action ; de l’autre, beaucoup de mots et de concepts sont inconnus au dĂ©part. Il faut donc accepter un petit temps d’adaptation, peut-ĂȘtre trente Ă  cinquante pages, avant d’ĂȘtre pleinement dans l’histoire
 et de ne plus pouvoir dĂ©crocher ! đŸ’Ș

Je tiens enfin Ă  remercier encore une fois Babelio et les Ă©ditions Bayard Jeunesse, qui m’ont permis de dĂ©couvrir ce livre grĂące Ă  un concours sur Instagram.

Le premier chapitre de Exo est disponible en version originale anglaise sur le site de Scholastic :
http://www.scholastic.com/pdfs/exo-excerpt.pdf

Vous pouvez aussi retrouver une vidĂ©o de prĂ©sentation du roman par Fonda Lee. L’autrice y parle de son livre, de son processus d’écriture et de certains Ă©lĂ©ments liĂ©s Ă  l’histoire. C’est une bonne ressource pour prolonger la lecture et dĂ©couvrir directement son regard sur l’univers d’Exo.

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