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Mères primales de Brand Souffy

Ce roman aborde plusieurs sujets sensibles, notamment la gestation pour autrui, la manipulation, la séquestration, la grossesse contrainte ou instrumentalisée, les expérimentations scientifiques, l’hybridation humain-animal, la violence, la fuite, la menace de mort, ainsi que des questionnements éthiques autour du corps, de la maternité, de la science et du vivant.

Louise, une jeune femme devenue mère porteuse pour des personnes aisées, est accompagnée de près par le professeur Brinder, son mentor et employeur. Peu à peu, elle comprend pourtant que la situation lui échappe : elle a été manipulée, et l’enfant qu’elle porte semble destiné à un projet bien plus inquiétant que ce qu’elle imaginait.

Avant de commencer votre lecture, je vous conseille vraiment d’éviter les synopsis disponibles sur Livraddict, Booknode ou SimPlement. Celui que j’ai pu lire en disait beaucoup trop à mon goût, au point de révéler des éléments majeurs de l’intrigue. C’est dommage, parce que le roman repose en partie sur la découverte progressive de ce qui arrive à Louise, sur le malaise qui s’installe et sur les révélations autour du projet du professeur Brinder.

Dès les premières pages, je me suis sentie immergée aux côtés des personnages. L’histoire commence dans le parc de l’Orangerie, à Strasbourg, et le décor est décrit avec beaucoup de précision. Les lieux traversés par le récit sont eux aussi très bien rendus, ce qui donne un aspect très réaliste à l’ensemble. La richesse de la plume participe pleinement à cette immersion : le résultat donne un livre très maîtrisé, à l’atmosphère soignée et profondément visuelle.

Ce n’est pas la première fois que je découvre une histoire interrogeant le fait de porter un enfant pour d’autres personnes. Plusieurs œuvres abordent ce sujet, ou des thématiques proches, comme La Servante écarlate de Margaret Atwood (ainsi que son adaptation en série, The Handmaid’s Tale), Le Fruit de nos serments de Terese Ramin, ou encore un épisode de Le jour où tout a basculé. Pourtant, cette question reste souvent traitée en arrière-plan, ou dans des récits où elle n’occupe pas toute la place.

Une grande différence se dessine cependant entre La Servante écarlate et Mères primales. Dans l’œuvre de Margaret Atwood, les Servantes sont privées de leur libre arbitre : leur corps est contrôlé par un régime totalitaire qui organise la reproduction forcée. Dans le roman de Brand Souffy, la situation de Louise est différente. Elle n’est pas enfermée dans le même système, mais elle est tout de même manipulée, orientée et utilisée par des personnes qui détiennent plus de pouvoir qu’elle.

C’est là que le roman devient intéressant : le problème n’est pas seulement le fait de porter un enfant pour d’autres. Il se situe surtout dans la manipulation, l’inégalité sociale, le mensonge et l’absence d’un consentement pleinement éclairé. Le récit pousse donc à réfléchir à une question difficile : à partir de quand un choix cesse-t-il d’être totalement libre lorsqu’il est pris dans un contexte de besoin, de dépendance ou de domination ?

Les personnages sont tous intéressants et plutôt bien travaillés. La manipulation traverse leurs relations, leurs choix et leurs zones d’ombre. Leurs failles, leurs motivations et leurs points d’ancrage évitent les clichés les plus évidents, ce qui les rend crédibles et parfois difficiles à cerner.

Ce sont des personnages intéressants non seulement par ce qu’ils font, mais aussi par les réflexions qu’ils suscitent. Leurs intentions ne sont pas toujours limpides, leurs décisions peuvent déranger, et c’est justement ce qui rend le récit plus prenant. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié l’évolution de Louise, qui n’a cessé de m’étonner !

Ce roman fait naître une multitude de questions. Dans le cas de Louise, la gestation pour autrui n’est pas seulement une question de maternité : elle interroge aussi le choix, l’argent, le consentement et les rapports de pouvoir. À partir de quand un choix devient-il fragile lorsqu’il est pris dans un contexte de besoin, de dépendance ou de manipulation ? C’est une question difficile, et le roman a le mérite de la faire émerger.

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La dimension scientifique m’a aussi beaucoup interrogée. Je suis passionnée par la science, mais les expérimentations animales et humaines me dépassent lorsqu’elles franchissent certaines limites éthiques. Pourquoi chercher à créer de tels êtres ? Au nom de quoi ? De la connaissance ? Du progrès ? De l’orgueil scientifique ? Le sujet traité dans le livre n’est d’ailleurs pas totalement déconnecté du réel : certaines expériences autour de l’hybridation humain-animal ont déjà été imaginées, tentées ou discutées dans l’histoire scientifique.

J’ai aussi relevé plusieurs petits détails positifs. L’un des personnages secondaires est homosexuel, et l’histoire ne s’attarde pas lourdement sur sa relation. Quelques remarques lui rendent simplement justice, et cela fait du bien de croiser une représentation LGBTQIA+ intégrée au récit sans qu’elle devienne forcément le centre du drame 🌈

Autre détail qui m’a fait plaisir : l’un des personnages est végétarien. Voilà, c’est peut-être tout simple, mais ça me rend heureuse 🙂

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Comme le fait remarquer l’horrible professeur, le prénom Swala possède une signification particulière. J’espère d’ailleurs que c’est bien celle que j’ai comprise 😉

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Enfin, détail très réaliste que j’ai apprécié : dans une fiction, lors d’une course-poursuite ou d’une tentative de fuite, le conducteur cale ! À croire que, dans les films et les romans, les pauvres humains ne calent jamais quand le stress monte !

Je précise que je ne suis pas spécialiste de ces questions scientifiques ou bioéthiques ; ces éléments m’ont surtout servi à prolonger les réflexions soulevées par le roman !

J’ai trouvé ce livre merveilleusement bien écrit ! Dans les passages descriptifs, j’ai presque eu l’impression de lire de la prose poétique, tant la plume et le cadre sont beaux. C’est aussi un roman qui pose de grandes questions sur la vie, la nature et les progrès de la science : de quoi remettre en question notre morale, notre rapport au vivant et la place de l’humanité sur Terre.

Ce que j’ai apprécié, c’est que le roman ne cherche pas seulement à choquer. Il utilise son intrigue dérangeante pour interroger des sujets très profonds : le corps, le consentement, la maternité, la science et la frontière que l’humanité trace entre elle-même et les autres êtres vivants.

En bref, ce fut un immense coup de cœur. J’ai été très déçue de terminer ma lecture (j’espère qu’il y aura une suite !), et je ne peux que vous recommander ce livre.

Je tiens à remercier l’auteur de m’avoir fait confiance et de m’avoir permis de découvrir ce superbe livre. Merci aussi à la plateforme SimPlement, qui permet ces échanges !

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